Désolée d'avoir pris tant de retard dans la pubilcatio mais c'est vraiment compliauer de gérer son temps ici, il y a tant a faire. Pour aue vous n'ayez pas tuotes les nouvelles avec deux semaines de retard, je vais actualiser en priorité les récentes, en rattrapant petit a petit les anciennes. J'espere que ce ne sera pas trop incofortable a lire opur vour, n'hesitez pas a m'ecrire si cela vous rend certains passages incomprehensibles.
Je vous embrasse tous tres fort
PS. Demain, c'est l'anniversaire de Lagunas et il y aura internet toute la journee... Neanmoins il y aura aussi plein de festivites dehors ! J'essaierai d'en profiter pour passer sur internet a nue heure decente en France, mais je ne saurais vous dire quand...
PS2 Billets de train pris, j'arriverai a Chauvigny le 15/08 a 20h15 !
dimanche 24 juillet 2011
23 juillet
Aujourd'hui c'est le week-end ! Je me suis levée à 7h45, parfaitement reposée. La nuit de 4h d'hier n'a pas l'air de m'avoir réellement affectée.
Dehors, il tombe des cordes. Je m'habille vite, en essayant de ne pas me gratter malgré des démangeaisons insupportables. Dans la cuisine, tout le monde est déjà debout. Je fais bouillir de l'eau et, en attendant, fais griller du pain dans le wok.
Anaïs a son bateau ce matin à 9h, mais à 8h15, elle n'est toujours pas passée prendre ses affaires... Peut-être a-t-elle changé ses plans.
Je fais la vaisselle en attendant que Gaël et Elisabeth arrivent, puis vais assister aux soins vétérinaires. Comme ils partent tous les deux par le bateau de demain matin, il faut absolument qu'ils enlèvent les points du saimiri, en espérant que sa plaie soit suffisamment cicatrisée...
Le soigneur maintient le minuscule petit singe entre ses mains pendant que Gaël l'examine. Sur la dizaine de points que Milagros avait fait, il n'en reste que deux, que Gaël coupe rapidement avant de désinfecter la plaie. Celle-ci est propre et je traduis aux soigneurs que le singe devrait être guéri dans les deux jours.
Cela fait, nous retournons tous dans la cuisine pour traduire le diaporama que Gaël et Elisabeth feront ce soir pour sensibiliser la population à la gestion et la prévention de la peste du poulet. En espérant que la projection ne durera pas trop longtemps, que Gaël puisse nous faire les crêpes de sa Bretagne natale, Elisabeth n'ayant pas le matériel pour nous faire une choucroute de son Alsace.
Pendant qu'Adeline, Justine et Elisabeth se concentrent sur le travail, Maxime explique à Gaël comment on peut reconnaître un vrai billet d'un faux, avec illustration à l'appui puisque personne ne veut d'un de ses billets de 50 sols.
Le diaporama traduit, Justine se lève en annonçant qu'elle va s'occuper d'Ikam. Ce bébé singe est tout seul dans une cage car il a trop peur des autres et, en le socialisant fortement avec une humaine qui fera office de mère, on pourra petit à petit l'amener à se resocialiser dans un groupe.
J'éteins mon ordinateur et la suit pour prendre des notes sur ce qu'il se passe. Je compte prendre des notes sur l'évolution du lien qui va se former entre elle et le bébé singe. Grâce à son arrivée ici, non seulement j'ai enfin quelque chose à observer, mais en plus, les observations que j'ai fait son commentée en temps réel, puisqu'elle m'explique la signification des cris et des attitudes du petit lagotriche !
Je reste une demi-heure avec eux, prenant de nombreuses notes, puis je vais poser des questions à Warren pour savoir s'il me serait possible d'aller visiter la réserve de Pacaya Simiria, et à quels frais. Il a l'air de parler de 400 sols, c'est à 100 euros, pour 3 jours. Je pense demander ce soir à ma banque de virer la somme en question sur la banque nationale du Pérou, pour que je puisse la retirer ensuite à Lagunas.
J'aurais préférer ne pas y aller toute seule mais comme aucun autre ne semble prêt à avancer les frais... Mais je ne peux pas me résoudre à vivre un mois à côté d'une des plus belles réserve du monde sans la visiter !
Après avoir reçu toutes ces informations, je prends mon courage à deux mains pour demander à Warren si je peux utiliser les batteries de la Media Luna pour brancher mon ordinateur, ce qui me simplifierai grandement la vie !
A ma grande surprise, cela ne semble lui poser aucun problème, et il m'emmène les voir. Je peux les utiliser sans difficulté, mais cela va nécessiter une sacrée organisation ! Il va me falloir appeler un motocar, qui vienne me chercher à la Media Luna car elles sont trop lourdes pour être transportées à la main. Je dois ensuite les emporter au bureau téléphonique pour les mettre à charger une nuit, ce qui me coûtera 10 sols par batterie, puis il faut les ramener. Une batterie dure 72h et j'hésite vraiment sur ce que je dois faire.
Pensive, je retourne rejoindre les autres dans la cuisine, où Adeline a fait cuire du riz avec du thon. Nous déjeunons tranquillement, profitant du soleil qui apparaît dehors, et discutant très longuement des familles de chacun.
Je devrais profiter du beau temps pour faire ma lessive, mais je suis bien là, et je préfère prendre le temps de rattraper le retard de mon journal. Je reste seule dans la cuisine à écrire, tous les autres sont partis se reposer.
Vers 16h30, il commence à tomber des cordes. Nous étions censé partir en ville vers 17h, et l'opération semble compromise tant la pluie est forte. Ce soir est la dernière soirée de Gaël et Elisabeth, et ils doivent présenter un diaporamas sur la gestion de la peste du poulet, que les agriculteurs sachent au moins pourquoi leurs élevages se contaminent, et comment l'éviter. Malheureusement, s'il pleut comme ça, il risque d'y n'y avoir personne.
De plus, le temps me contrarie personnellement car, si je ne peux partir tôt au pueblo, je n'aurais pas le temps de passer sur internet avant la présentation... et cela fait bien trois jours que je n'ai pas donné de nouvelles ! Malheureusement, il m'est impossible d'arriver en retard à la présentation puisque, Gaël et Elisabeth ne parlant pas un mot d'espagnol, c'est à moi de m'en charger !
Ce dernier point me rend un peu nerveuse, mais j'ai tant suivi leur projet qu'il paraît logique que je prenne part à sa conclusion.
A 17h30, la pluie se calme enfin, et Maxime, Justine et moi en profitons pour partir. Il nous faut être à la losa du bajio uno (le terrain de foot du premier quartier) à 18h30, et être passé par le marché dans l'intervalle. Cela semble difficilement réalisable, mais il me faut absolument demander à mon banquier de me virer des sous que je puisse retirer au Pérou et ce, au plus tôt ! Dès que nous arrivons au niveau des maisons, nous hélons un motocar. Celui-ci se fait dépasser par les piétons dans certains passages tant la pluie a rendu la route impraticable mais, globalement, nous gagnions du temps. En un quart d'heure, je règle mon problème bancaire, récupère des copies des mails que j'ai reçu pour les lire plus tard, renonce à prendre mes billets de trains pour Poitiers : je n'ai plus le temps, il est déjà 18h25 !
Justine et moi sortons et attrapons le premier motocar qui passe et, 10 minutes plus tard, nous sommes sur place. Je suis ennuyée d'arriver en retard alors qu'ils comptent sur moi, mais en fait le matériel n'est pas même pas encore complètement installé ! En fait, c'était 18h30 "à la péruvienne".
Soulagée, je profite de ce délai pour passer mon ordinateur à Warren, afin qu'il le mette à charger en arrivant chez lui.
Cela fait, je me retrouve brusquement avec un micro dans la main, et une grosse vingtaine de personnes qui me fixent... Bon, bon, bon, on respire à fond, et on y va. Connaissant la façon dont les foules écoutent ici, je ne me formalise pas que la moitié des gens regardent ailleurs, et que l'autre moitié discute entre eux. Je me concentre sur le texte, essayant de faire des phrases simples afin de ne pas faire de faute qui les rendraient incompréhensible. Globalement, je me contente de lire le diaporama en me concentrant sur ma diction, et en prenant garde à ne pas prononcer à la castillane mais bien à la péruvienne. Mais, de temps à autres, une photo nécessite un commentaire ou des explications supplémentaires, que Gaël me souffle et que je dois traduire. A un moment, il présente l'ingénieux abreuvoir qu'ils ont élaborés avec Elisabeth, et qui consiste en une petite bouteille renversée, maintenue à l'intérieur d'une plus grande. Le but est que les poules cessent de marcher dans l'eau, ce qui augmente les risque de contamination, et je me découvre étonnamment à l'aise avec le vocabulaire agricole, que je manie en fait très souvent depuis que je suis arrivée !
La présentation se finit, de mon point de vue, très vite. Et nous passons dans la foule pour demander s'il n'y a pas de question, les gens ne semblant guère pressés de prendre la parole. Quand nous finissons par comprendre que la plupart attendent simplement que Warren enclenche le documentaire qui doit suivre la projection, nous laissons tomber et décidons de rentrer.
Je sens que Gaël et Elisabeth sont un peu déçus : ils ont travaillés dur sur ce projet et ni la mairie, ni l'association des éleveurs de poules, avec qui le contact était pourtant bon, ne se sont déplacés.
Néanmoins, la perspective de la soirée crêpe promise par Gaël rassérène tout le monde, et nous rentrons d'un pas enthousiaste.
Celui-ci, bien qu'habitué à faire des crêpes, n'en a encore jamais faite au lait concentré, et il tatônne un moment avant de juger sa patte convenable. Les crêpes sont délicieuses, et tout le monde mange plus que de raison, arrosant le tout d'inca kola, de coca cola, de jus de pêche et d'un peu de rhum. On s'échange des adresses mails et des promesses de se revoir en France.
Vers 23h, Gaël et Elisabeth jugent plus sages de rentrer, et les autres décident de les accompagner pour aller refêter le départ d'Anaïs. Personnellement, je suis très fatiguée et, leur souhaitant une bonne soirée, je choisie d'aller me coucher.
Je m'endors presque instantanément.
J'ouvre soudainement les yeux dans le noir total. Je reste un moment immobile, guettant ce qui a pu me réveiller, mais il n'y a que le bruit de moteur d'un bateau qui passe sur le fleuve. Je m'apprête à me rendormir quand j'entends une espèce de grattement, de grignotement. Me rappelant la souris qui a fait son nid dans la chemise d'Anaïs, je me glisse hors de la moustiquaire, cherche mon briquet à tâtons et allume. Evidement, je ne vois rien. Mais je vais vérifier qu'il n'y a pas de trous dans ma valise, fouille un peu dedans pour m'assurer qu'aucune bestiole n'est en train de consommer mes livres, puis vérifie les sacs plastiques, les affaires d'Anaïs et sous les lits. Rien. Peut-être sont-elles dans le toit mais j'ai vraiment eu l'impression que le bruit était proche.
J'en suis là de mes réflexions quand j'entends des voix. Les autres rentrent. Intriguée, je jette un œil sur ma montre : il est 2h45, ils rentrent bien tôt.
Il me regarde descendre avec surprise, s'attendant fort logiquement à me trouver endormie, et nous descendons manger les crêpes qui restent dans la cuisine et discuter un peu autour d'un thé.
Non seulement je suis parfaitement réveillée, mais en plus je me sens parfaitement reposée ! Je participe donc activement à la conversation, qui dévie vite sur des sujets tels que "Qu'est-ce que la religion ?", "Pourquoi sommes-nous là ?" et "Quelle est notre place au sein de l'évolution ?"
Au bout d'un moment, Maxime nous fait remarquer qu'il semble faire moins sombre dehors. Un bref coup d’œil à ma montre m'apprends qu'il est 5h du matin ! Nous partons tous nous coucher aussitôt, surpris d'avoir veillé si tard. Malheureusement, je n'ai toujours pas sommeil, et je me tourne et retourne longtemps avant de m'endormir, régulièrement réveillée par le bruit des souris.
mardi 19 juillet 2011
15 juillet
Ai encore rêvé d'araignée... J'ai ouvert les yeux dans un demi-sommeil vers 3h du matin, et me suis retrouvée à 5 cm de la monstrueuse araignée velue que nous avions vu sur le chemin hier. Sur le moment, même panique que la dernière fois: dans mon mouvement de recul, j'ai débordé la moustiquaire et ma lampe de poche, qui était coincée dedans, est tombée. J'ai donc du aller récupérer mon briquet m'allumer une bougie pour constater que, comme la dernière fois, il n'y avait rien du tout. Par acquis de concience, et aussi un peu parce que mon coeur est monté à 150 pulsation par minute, je vérifie minutieusement les draps, et les plis de la moustiquaire mais non, il n'y a vraiment rien. Je reborde tout soigneusement, je vérifie une dernière fois qu'il n'y a bien rien, puis je souffle ma bougie à travers la maille de la moustiquaire. Je dois néanmoins m'y reprendre à plusieurs fois: mon mal de gorge me coupe le souffle. Je fixe longtemps le plafond avant de réussir à me ré-endormir.
Comme prévu, ce matin, je n'ai absolument plus de voix. Si je force un peu, on dirait Sylvester Stalone, mais je ne peux pas faire mieux. Je prend directement une pastille pour la gorge avant de descendre petit-déjeuner. Bonne nouvelle néanmoins: je n'ai plus du tout mal au ventre.
Dans la cuisine, je soulève de nombreuses protestations face à mon tas de médicaments. Il faut dire qu'avec mes probiolog, ma malarone, ma pillule, ma canneberge qui sont les comprimés habituels, auxquels s'ajoutent les médicaments pour la gorge prescrits par Papo, ça commence à faire beaucoup...
Je suis en train de boire douloureusement un thé quand Gaël arrive. Je l'ai attendu pour règler le sort de l'appareil photo car c'est sûrement celui qui s'y connait le plus. Il me conseille de le rincer à l'eau claire puis de la laisser bien sécher toute la journée, ce que je fais aussitôt. A l'heure où j'écris ces lignes, je n'ai toujours pas osé le rallumer. D'abbord parce que je ne suis pas sûre qu'il soit sec... Et d'autre part parce que je ne saurais pas vraiment quoi faire si jamais il ne se rallume plus !
Je finis rapidement de ptit-déjeuner de deux tartines que j'ai obtenu par faveur, parce que je suis malade: on est en fin de budget, et il n'y a plus rien à manger, les garçons se sont carrément fait des pâtes.
Je rassemble mes affaires et part pour l'école 14. Je n'ai toujours pas retrouvé ma voix, mais j'aimerai rencontrer le directeur pour lui expliquer le problème, et qu'il puisse le constater par lui-même, sachant que je ne suis pas allée en cours depuis mardi.
Le soleil tappe très dur sur la route, et les seules ombres sont celles des grands urubus (des vautours noirs) qui tournoient dans le ciel. De la musique sort des maisons mal isolées que je dépasse, dont un certains nombres de tubes qu'on entends aussi en France, mais dont je ne connais pas les noms. Avec l'inauguration de la banque qui a lieu aujourd'hui, tout le village va profiter de l'électricité toute la journée, et ils en profitent en mettant le volume de leurs radios à fond.
J'ai chaud et j'ai mal aux mollets: la poussière de la route irrite mes plaies. Néanmoins, et c'est un gros coup de chance car personne ne passe jamais sur cette route, j'entends un motocar qui arrive dans mon dos. Je l'arrête et commence à demander ses tarifs quand il m'interrompt: "De toutes façons j'allais par là, c'est bon monte, je t'avance un peu". Ravie je grimpe à l'arrière, et il me dépose donc gratuitement, à mi-chemin de ma destination.
Je rejoins rapidement l'école 14, mais on m'y apprends que le directeur n'est pas là, car il est invité à l'inauguration du guichet de la banque nationale à Lagunas. Il y avait une banque dans le village, il y a quelques années, mais elle a brûlée. Personne n'avait pu être mis en cause, mais il est clair qu'elle devait gêner un certain nombre de personnes. Dans le village, il y a des espèces de prêteurs sur gage, qui se chargent d'alimenter le village en argent, et qui prennent un bon 10% de toutes les transactions.
L'ouverture de ce nouveau guichet est donc un évènement local extrêmement important, auquel sont conviés tous les notables.
J'attends tranquillement l'heure de la récréation en prenant des notes dans mon carent, entourée par un cerle d'enfants qui restent juste là, à me regarder. Quand la cloche sonne, je vais discuter brièvement avec les professeures qui sont encore là, et qui se montrent très compréhensives face à mon problème. Elles me proposent de revenir lundi, en me recommandant de bien me soigner.
Tranquilisée, je repars vers la banque, car j'aimerai obtenir un certain nombre d'information à son sujet. Sur le chemin, je croise une espèce de gros motocar qui vend des jus de fruit, et qui l'annonce au micro avec une voix qui rapelle certaines des scènes du Roi et l'oiseau. Les rues sont désertes car tout le monde fuit la chaleur, et la scène est assez suréaliste. De fait, je loupe le croisement et dois redemander mon chemin pour trouver la banque.
Il y a un monde fou devant le petit bâtiment, de la musique très forte, et tout est décoré de rouge et de blanc, les couleurs du Pérou. Devant la porte, quatres hommes à casquette, qui ont l'air vaguement officiels mais dont j'ignore si ce sont de simples vigiles ou des agents des forces de l'ordre, arborrent visiblement de lourdes mitraillettes, debouts, en plein soleil.
Visiblement, la banque est inaugurée, mais elle n'est pas pour autant ouverte. J'interroge les gens dans la foule, mais personne ne peut me renseigner. Je finis par aller directement parler à un vigile qui, bien qu'un peu décontenancé (je suis une gringa ne l'oublions pas) me répond très poliment. Apparemment, la banque ouvre en début d'après-midi (traduction: pas avant 16h) et il sera possible d'y retirer de l'argent à l'aide d'une carte VISA (traduction: c'est techniquement envisageable, mais il faudra redemander directement à un guichetier).
Et oui, au Pérou, la barrière de la langue est triple: ce n'est pas du français mais de l'espagnol, leur accent est parfois inattendu (lle se prononce yé en espagne et djé au Pérou), et en plus, ils ont tendance à donner avec certitude des suppositions. Pas par méchanceté hein, juste ils ont très envie de pouvoir répondre à la question qu'on leur pose, et ils le font même quand ils ne possèdent pas tous les éléments de la réponse.
En repartant, je croise Blanca et Adeline, qui sont allé voir si cette dernière pourrait jamais récupérer les sous que ses parents lui ont envoyé sur le compte d'un des prêteurs de la ville, avant qu'une succursale n'ouvre ici. Puis Maxime, dont tout le matériel est dans l'école 56, qui est fermée du fait de l'inauguration de la banque. De fait, il est venu à l'inauguration pour essayer de retrouver le directeur pour qu'il lui prête les clefs. Mais, manifestement, l'inauguration de la banque est plutôt un prétexte pour avoir un jour de congé, car il ne se trouve visiblement pas là.
Je repars d'un pas tranquille : comme je n'ai plus rien à faire ce matin, je ne suis pas pressée. Mais le soleil écrase tant la route, que je commence à guetter un motocar vide.
Je suis sur le point d'en héler un quand Warren s'arrête en moto à ma hauteur, et me demande si je me rends à la Media Luna. Comme j’acquiesce, il me fait signe de monter, ce que je fais aussitôt, ravie de ne pas avoir à marcher sous ce soleil. Mais je déchante vite.
D'abord, il n'y a rien pour poser ses pieds sur les côtés, et je ne sais pas trop quoi faire de mes jambes. De plus, je porte des tongues et, dès que je pose mon talon contre l'axe de la roue, ma chaussure commence à tomber, m'obligeant à relever vivement le pied. Je suis donc dans une position extrêmement inconfortable mais en plus, comme si cela ne suffisait pas, Warren, qui est charmant par ailleurs, s'avère être un conducteur extrêmement approximatif. Nous ne roulons pas vite heureusement, la route ne nous le permet pas, mais il prend les bosses et les creux sans douceur, et je manque plusieurs fois de tomber de mon siège. Quand il me dépose à la Media Luna, je suis toute courbaturée d'être restée crispée.
Pleine de la poussière de la route, je fonce sous la douche. Mais je n'y reste pas longtemps car l'eau est très froide, et je ne suis pas sûre que ce soit idéal dans mon cas. Je me serais volontiers lavée les cheveux mais tant pis, il fait trop froid et trop humide, je le ferai plus tard.
De la chambre que nous partageons quand elle ne dort pas au village, Anaïs me dit de faire attention, car il y a une insula qui est entrée dans le Tambo. Je me sèche rapidement, m'habille et vais voir. Effectivement, et en plus c'est un soldat ! Les insulas sont de grosses fourmis noires dont la piqûre est extrêmement douloureuse, et entraîne de la fièvre, et parfois même des hallucinations. Techniquement, cet animal est bien plus dangereux qu'une mygale... Mais je suis trop familière des fourmis pour en avoir peur au-delà de la prudence nécessaire. Je sais à quelle vitesse elle peut se déplacer, si elle est stressée ou non, agressive ou non. Calmement, j'attrape la bassine qui sert à faire la lessive et, d'un coup de poignet, projette l'insecte dedans. Vite, j'ouvre la porte du tambo, et d'une secousse vide la bassine. La fourmi atterrit dans l'herbe et y disparaît aussitôt.
Entendant discuter, je descends à la cuisine. Là, Maxime et Adeline 1 font les comptes avec Warren. Au momenjt où celui-ci leur donne leurs primes de mobilité, je proteste que j'aurais bien besoin d'en avoir une aussi, et que le fait que Maxime puisse m'emmener avec la sienne ne m'arrange pas du tout car nos horaires ne sont pas synchronisés. Répondant à ma demande sans résoudre le problème, Warren partage la prime de Maxime en deux... Ce qui revient au même qu'avant, sauf que maintenant nous sommes deux à ne plus être vraiment libres de nos mouvements ! Je profite de l'occasion pour rembourser aux autres ce que je leur dois sur les courses.
Warren parti, je prépare du thé tandis qu'Adeline 1 prépare une grande carte de Lagunas en collant des morceau format A4 ensemble. Maxime, lui, commence à faire bouillir l'eau pour le déjeuner.
Celle pour le thé bout. Je récupère la grosse bouilloire en aluminium que j'ai posé sur le gaz, en la tenant avec un torchon pour que la poignée, cassée, ne cède pas.
Le temps qu'Adeline et moi buvions notre thé, Mathieu et Adeline 2 reviennent avec les courses. Maxime en profite pour récupérer assez de pâtes pour tout le monde, et Adeline 1 fait cuire des œufs durs pour aller avec.
Après déjeuner, j'ai un peu le temps d'écrire, mais il faut que je me dépêche car j'ai rendez-vous avec Gaël et Elisabeth, devant la banque, à 16h30, pour faire la traductrice dans leur enquête sur la maladie qui ravage les élevages de poulets du village.
Souhaitant retirer de l'argent à la banque, je pars dès 15h, mais je me fait intercepter par Blanca qui, partant ce soir, veut s'assurer auprès de moi que tout se passe bien ici. Je discute un peu avec elle, mais prends vite congé pour ne pas être en retard. A peine 10 mètres plus loin, c'est au tour de Warren, qui veut savoir où je vais, pourquoi, et si ma gorge va mieux. Là encore, j'écourte autant que possible, mais je sens bien que je prends du retard sur mon horaire.
Je marche vite sur le chemin de terre, mais le soleil tape fort, et je n'ose pas trop forcer. Arrivée au village, je constate que je vais arriver devant la banque juste à l'heure pour retrouver Gaël et Elisabeth, et que je n'aurais sûrement pas le temps de passer au guichet.
J'essaye d'accélérer encore quand je vois des enfants qui lancent des pierres contre un mur. Amusée, je m'approche, quand je constate qu'il y a quelque chose qui bouge au pied du mur, et qui se sauve. J'accélère le pas pour voir de plus près, mais l'animal s'est déjà réfugié sous une espèce de poulailler.
Je rejoins le groupe d'enfants, qui semblent inquiets de ma présence, et j'entame la discution avec une des filles les plus âgées. Je lui demande de quel animal il s'agit, et elle me répond que c'est un caméléon. Vu la forme et la taille de l'animal que j'ai vu s'enfuir, je traduis intérieurement par iguane. Je lui demande alors s'ils veulent le manger, ce à quoi elle répond non. Je lui demande si c'est un animal dangereux ou nuisible, et là encore sa réponse est négative. Je lui demande alors pourquoi ils veulent tuer un animal qui n'est ni nuisible ni comestible. Elle me répond que c'est pour jouer mais déjà, je sens que sa propre réponse la met un peu mal à l'aise.
A cet instant, la vieille dame qui habite dans le jardin voisin me dit qu'elle possède un lorie, et qu'il est à vendre si ça m'intéresse ! Je décline poliment.
Je ne sais vraiment pas par quel bout prendre le problème. Ici, tout le monde tape sur les chiens, les chats et c'est normal : les enfants ne sont jamais réprimandés par leurs parents quand ils le font. Je ne peux donc pas les engueuler, ça ne servirait à rien. Tout ce que je peux faire, c'est leur poser des questions gênantes et les laisser y réfléchir... en espérant qu'un jour les connections se feront.
Pour le moment, l'iguane est indélogeable, et je suis très très en retard.
A regret, je repars vers la banque, ne pouvant qu'espérer qu'ils ne l'attraperont pas.
J'arrive sur la place d'armes à 16h45, avec un quart d'heure de retard sur le rendez-vous, et plus le temps de passer au guichet. Je m'excuse platement auprès de Gaël et Elisabeth, constatant au passage que Maxime est avec eux. Gentiment, ils me proposent de passer à la banque tout de même : personne ne semble y attendre, et ce n'est vraiment pas tout près !
A l'intérieur, il y a des ballons accrochés partout, des employés en costume-cravates et la climatisation au maximum.
Je discute un moment avec le guichetier qui m'explique comment passer par Moneygram pour récupérer de l'argent depuis la France. Je profite de l'occasion pour changer 36 dollars oubliés dans mon sac, qui se transforment miraculeusement en près de 100 sols !
Mais le guichetier ne devait pas avoir l'habitude, l'opération de change a bien pris 20 minutes.
Gênée de les avoir retardés encore plus, je sors rejoindre les autres dès que possible, et nous partons dans le village.
Le but de la manœuvre est d'aller interroger les éleveurs de poules pour se rendre compte des conditions de salubrité généralement peu glorieuse des élevages.
Nous discutons avec de nombreuses personnes, devant leur porte, ou dans leur maison, qui nous montrent le jardin où ils élèvent quand ils en ont un, et qui marmonnent des explications inarticulées, que même Maxime ne comprend pas toujours, alors qu'il est ici depuis plus de 4 mois !
La dernière maison de la soirée est la bonne : l'homme qui y vit a une poule et un poussin qui sont visiblement en train de mourir. Elisabeth les examine tandis que je traduit les explications sanitaires de Gaël sur les précautions à prendre. Nous les lui laissons pour ce soir car il y a des poules là où Gaël et Elisabeth logent, et des perroquets à la Media Luna. Nous repasserons les prendre demain matin, en espérant que Warren a bien réservé une des salles de l'hôpital, seul lieu où nous pourrions faire une autopsie sans risque de contamination.
Gaël et Elisabeth me donnent rendez-vous pour que je m'occupe de la traduction, et aussi parce qu'ils savent que je ne vais sûrement pas rater ça !
Nous nous séparons devant le terrain de foot, les vétérinaires rentrent chez eux, et Maxime et moi partons vers la maison du charpentier, avec lequel Maxime doit discuter.
Pendant qu'ils parlent, je discute avec les gamins devant la maison, qui jouent à lancer des bouchons de bouteille. Le but du jeu est de les envoyer dans un triangle dessiné au sol, puis de toucher ensuite les autres bouchons avec le sien pour les gagner. Je les observe jusqu'à ce que Maxime ressorte, et nous repartons ensemble pour la Media Luna. Là-bas, un grand plat de pommes de terre taillées en frites nous attend.
Maxime va prendre une douche et, à peine est il sortit que Mathieu arrive pour faire frire les frites. Peu de temps après, Blanca et Milagro viennent nous rejoindre, apportant des bananes et des tranches d'ananas frais avec elles. Elles partent dans deux heures et ne savent pas quoi en faire ! Nous si : nous mettons les bananes de côté, et savourons le meilleur ananas que j'ai jamais mangé.
La vétérinaire s'inquiète que ma voix semble s'être encore dégradée, et finit par m'envoyer chercher un corticoïde dans la pharmacie des singes. En revenant, je plaisante en lui disant que, grâce à elle, non seulement je n'aurais plus mal, mais que ça me fera un beau poil brillant. Elle rit mais me précise que, bien que ce médicament soit utilisé pour les singes, c'est à la base un produit d'usage humain. Blanca est en train de distribuer des bonbons à tout le monde, quand le bruit d'un motocar se fait entendre. C'est celui qui les emmène prendre leur bateau. Tout le monde leur dit au revoir et, sur une dernière recommandation médicale de Milagros, elles s'en vont.
A 21h, nous avons fini de faire frire les frites, et nous attendons avec une certaine impatience que les 2 Adelines arrivent avec le poulet, qu'il va encore falloir faire cuire.
Elles finissent par arriver en se disputant sur la cause de leur retard. Trop affamés, nous coupons court, et reportons les explications au moment où il n'y aura plus qu'à attendre. Adeline 2 découpe le poulet, pendant que Adeline 1 fait chauffer de l'eau dans une grosse casserole, et y ajoute des tomates coupés, de l'ail, de l'oignon et, pour une raison qui m'échappe, un cube de bouillon de poule.
Quand tout est sur le feu, qu'il n'y a plus qu'à attendre, les explications commencent, chacune expliquant que c'est l'autre qui a passé trop de temps sur internet.
Il n'est pas très tard, mais ça fait bien 3h que la nuit est tombé, et je m'endors à moitié, impatiente que tout soit cuit. A la dernière minute, Mathieu remet brièvement toutes les frites un coup dans l'huile pour les réchauffer.
Ah ! Ca fait longtemps que je n'avais pas mangé de la vraie viande ! Celle-ci est bien cuite mais elle a un goût très fort, presque comme du gibier. Ce n'est pas très bon mais j'en savoure chaque bouchée. A peine mon assiette finie, je débarrasse et prends congé car je ne tiens plus debout.
Je me tartine généreusement d'eurax sur toute la longueur des jambes, m'enroule dans la couette bras à l'extérieur pour éviter de me gratter, et m'endors.
14 juillet
Bientôt ici, la visite d'une réserve nationale, la remise en liberté d'une espèce protégée... et un accident d'appareil photo...
jeudi 14 juillet 2011
12 juillet
Me suis réveillée à 6h30 avec un violent mal de ventre. Cela fait déjà quatre jours que j'ai des matins difficiles, mas ça ne semble pas s'arranger. Néanmoins, les symptômes se calment en journée, et j'ai tendance à oublier de m'occuper du problème...
Mes vêtements sont gorgés de l'humidité de la nuit et ils ont gardé l'odeur acre de l'eau sale dans laquelle ils ont été lavés. Je grimace en les enfilant, d'autant plus que cela réveille les terribles démangeaisons que j'ai aux mollets, et qui m'ont réveillé plusieurs fois dans la nuit.
Nous petit-déjeunons rapidement pour pouvoir assister au moins au début des opérations de la matinée mais, quand la vétérinaire apprend que nous avons déjà tous un programme bien chargé, elle décide reporter son intervention au début de l'après-midi, afin que nous puissions tous y assister.
En discutant un peu avec Elisabeth et Gaël, j'apprends que les douze heures de trajet en bateau de l'aller se transformeront en 24h au retour car il faudra lutter contre la force du courant. Prise par la conversation, je pars en retard, avec les photos que Maxime utilisait en cours avec moi. J'aurais ainsi de quoi illustrer mon cours de ce matin.
Il a tellement plu hier que tous les chemins sont des bourbiers impraticables, et je dois troquer mes sandales contre de grosses chaussures de randonnée (que je réserve généralement au soir, moment où les moustiques sont le plus agressif).
Je marche d'un pas rapide pour rattraper le temps perdu, et me retrouve devant l'école avec une demi-heure d'avance ! Je constate au passage que la première des poubelles faite par Maxime est installée dans la cours et est très utilisée. Je demande néanmoins au directeur de bien vouloir la ranger dans l'atelier d'Anaïs en fin de journée afin que celle-ci puisse l'utiliser pour son atelier : où les déchets sont nombreux, et où elle a bien du mal à faire comprendre à ses élèves qu'ils ne doivent pas les balancer n'importe où.
Aujourd'hui, j'ai cours avec les secondes, c'est à dire les 7-8 ans. Je m'installe dans leur classe en attendant la fin de la récréation, et prépare un peu mon vocabulaire. A la table d'à côté, les filles de la classe chantonne la version péruvienne de frère Jacques.
La maîtresse entre soudain dans la classe, me salue d'un mouvement de tête, récupère la lourde cloche qui est sur son bureau et sort sonner la fin de la pause. Tout le monde se précipite à l'intérieur et je constate avec soulagement qu'ils ne doivent pas être plus de 10. Je leur montre les photos que Maxime m'a passée, et leur pose des questions sur les milieux naturels qu'ils connaissent, comme la forêt, le désert, etc... Problème, la maîtresse souffle des réponses qui ne sont pas les bonnes, et je ne suis pas toujours très sûre des termes qu'elle emploie... Néanmoins, le cours avance, et je leur explique l'adaptation au milieu, le camouflage, etc... Une fois cette introduction faite, je leur demande de me dessiner le milieu de leur choix, avec les animaux qui y correspondent.
Pendant qu'ils dessinent, je passe parmi eux pour leur ré-expliquer individuellement. Très vite, je constate qu'à cet âge, il y a peu d'enfant qui ont réellement de l'imagination et, à force de copier les uns sur les autres, ils me rendent presque tous le même !
Vers 11h30, une des petites filles commencent à venir me voir pour me demander quelque chose, avec une certaine insistance. Je comprends bien qu'il y a quelque chose qui la tracasse vraiment, mais pas moyen de comprendre ce qu'elle raconte ! En désespoir de cause, elle va me chercher son écuelle et sa cuillère. Tout s'éclaire : ils veulent l'autorisation de sortir pour aller manger ! Je n'avais travaillé qu'avec des petits,qui mangent plus tôt, et je pensais donc qu'ils avaient petit-déjeuner à la pause. Mais vu la rapidité avec laquelle ils sont tous sortis quand ils ont eu mon aval, la question devait les tarauder depuis un bon moment. Très vite, ils reviennent pour finir leur dessins.
Je leur demande de noter leur nom dessus, les prends rapidement en photo et, après une dernière petite interrogation pour m'assurer qu'ils ont à peu près saisi l'objet du cours (ce qui ne semble pas évident), je pars pour l'école 56, où je passe prendre Maxime.
Celui-ci est en train de faire peindre les deux dernières poubelles aux enfants et il souhaite les finir aujourd'hui. Je pose donc mon sac dans un coin, et commence à discuter avec ceux qui ne sont pas occupés à peindre.
Dès qu'ils ont fini, Maxime et moi repartons sous un ciel magnifique mais un soleil de plomb.
Nous discutons tout en marchant quand, à la moitié du parcours, un motard s'arrête à notre niveau et me propose de monter. Je sais que c'est très fréquent ici, que c'est considéré comme une simple galanterie, mais j'hésite à planter Maxime là, quand le soleil tape si dur. Mais comme celui-ci m'y encourage, je grimpe sur la moto et, en moins de cinq minutes, je suis devant la Media Luna. Je suis déjà en train de boire mon thé quand Maxime nous rejoint enfin, râlant et pestant. En effet, il est très fréquent que les filles de la Media Luna se fassent déposer, alors que ça n'arrive jamais au garçon.
Nous mangeons très vite des pommes de terre à peine cuites pour ne pas louper le début des interventions de la vétérinaire. Cela consiste principalement à étaler de la crème sur les zones pelées de la fourrure des singes afin d'éviter l'infection, les champignons et de favoriser la repousse.
Tout le monde participe, notamment quand il faut enlever des centaines de toutes petites graines qui se sont prises dans la fourrure de l'un d'eux.
Nous travaillons jusqu'à 16h30, puis nous partons tous en ville pour attraper internet à l'ouverture. Les autres partent devant le temps que je discute avec Blanca, et celle-ci me propose de venir avec elles jusqu'en ville. Je me fait un peu insulter quand je dépasse les autres en motocar, mais c'est de bonne guerre !
Adeline 2 me rejoint au cybercafé et, après que nous ayons l'une et l'autre réglées nos problème de correspondance, nous partons faire les courses. Absolument rien n'est cher ici ! Le kilogramme de tomates est à 2,50, c'est à 80 centimes d'euros. Néanmoins, nous n'avons que 100 sols chacun pour deux semaines, et il faut donc acheter avec pondération.
Les courses finies, nous partons vers le Bajio Uno, c'est à dire le premier quartier. Généralement, les gens associent le nom à l'emplacement du terrain de foot, où Gaël et Elisabeth doivent faire une projection sur la gestion des élevages de poulets dans le village. Mais nous n'avons pas fait trois pas, que nous croisons un motocar transportant Blanca et Milagros (la vétérinaire). Elles s'arrêtent à notre hauteur, et je monte avec elles, tandis qu'Adeline s'assoit dans le porte-bagage. Au terrain de foot, il y a un monde fou. Anaïs a suspendu un écran blanc en haut des cages de but, et elle fait les commentaires du diaporama, tout en traduisant un ou deux ajouts que font les deux vétos. Les gens ne semblent pas beaucoup écouter, ni vraiment regarder, et ils discutent beaucoup entre eux mais, à la fin du diaporama, ils sont très nombreux à s'attrouper autour d'Elisabeth et Gaël pour leur poser des questions.
Pendant ce temps, Warren enchaîne et lance le DVD de Rio. Silence immédiat chez les enfants, pour qui c'est le seul dessin animé de la semaine. Les chansons rendent très bien en espagnol mais évidemment les blagues sur l'incompréhension de l'espagnol par les touristes américains se perdent un peu puisque tout le monde parle espagnol ! Un bon moment, les enfants sont écroulés de rire sur une grande partie du film.
Le film finit, Adeline et moi aidons à ranger le matériel et rentrons à pied vers la Media Luna, chargées de nos courses.
Vers les dernières maisons, deux hommes complètement ivres commencent à nous dire bonjour, à vouloir nous inviter à boire un coup. Nous refusons poliment tout en accélérant : bien qu'ils tiennent à peine debout, ils accélèrent aussi ! Nous partons en courant, mortes de rire, et les semons en cinq minutes.
Arrivée à la Media Luna, je pose mes courses sur la table de la cuisine, et vais me coucher directement, trop fatiguée pour manger...
mardi 12 juillet 2011
11 juillet
Aujourd'hui, c'est lundi ! Je dois donc passer à l'école 14 pour discuter avec le directeur de la possibilité d'enseigner dans ses classes. Sur les conseils de Maxime, je partirai vers 9h30. En effet, de 10h à 10h30, les écoles font une pause pour que les enfants puissent petit-déjeuner du riz et des bananes vertes apparemment fournis par l'école.
Je suis dans la cuisine à 8h, et Adeline m'explique qu'il est probable que Blanca arrivera ce midi, par le bateau rapide, car elle transfert plus de 300 bébés tortues vers la réserve. Avec un peu de chance, peut-être que ça incitera Warren a relancer le groupe électrogène... En fait, nous pourrions tout à fait avoir de l'électricité ici, mais le générateur n'est allumé que quand Hélène est là. A ce propos, je ne vous ai pas dit : elle a des soucis familiaux, et elle ne revient pas au Pérou avant septembre.
Je ne sais pas si c'est parce que c'est lundi mais les autres ont préparé un petit-déjeuner royal : pain grillé et bananes cuites + restes des pancakes d'hier soir à la confiture de fraise + jus de fruits de la passion.
Il n'y a pas vraiment de jus de fruits ici, alors pour en avoir, on prends des maracudjas, les fruits de la passion locaux, qui sont tous jaunes à l'extérieur et presque verts à l'intérieur, on en vide trois ou quatre dans une carafe, puis on ajoute 3 bonnes cuillères à soupe de sucre, et de l'eau passée aux pastilles. Ce serait sans doute meilleur mixé, mais ainsi c'est déjà très bon !
A côté de moi, Anaïs pèle les graines qu'elle a ramassé hier dans la forêt, afin de pouvoir ensuite les utiliser pour faire des bijoux. Adeline 1 est perdue dans une montagne de papiers : elle traite les données qu'elle a été récupérer auprès des motocieristas, les coupeurs de bois du coin. A terme, elle doit faire un dossier sur leur gestion des ressources naturelles en bois... mais elle est un peu découragées car certains sont complètement ivres quand elle va leur parler, l'un d'entre eux lui ayant même soutenu qu'il transportait sur son dos des arbres de 3 mètres de long et de (non de n'est pas une faute de frappe) 70 mètres de diamètre !
Alors que je me fais prudemment du thé, Gaël et Elisabeth arrivent. Ils ont profité de la journée d'hier où, comme je le pensais, on ne leur a fourni ni poule, ni salle, pour réaliser un diaporama sur l'état de l'élevage de poules et de cochons dans le village. Ils ont besoin de l'aide d'Anaïs pour le traduire en espagnol, et ils le projetteront sans doute mardi soir afin d'expliquer aux gens quels sont les principaux problèmes que pose leur agriculture.
Vers 9h, je monte dans ma chambre où je me brosse les dents à l'eau minérale, et me coiffe sans miroir. J'en profite pour examiner mes jambes et mes bras : malgré l'assiduité avec laquelle je m'enduis intégralement d'anti-moustique, je continue de me faire piquer chaque jour. Je suis couverte de boutons et mes démangeaisons sont à peine supportables : je m'enduis donc d'une bonne couche d'eurax, et essaye de penser à autre chose.
9h30, je pars pour le village, ou pueblo. En réalité, il y a plus de 8 000 habitants à Laguna : mais tout le monde parle toujours du village. Comme dit Mathieu, c'est sûrement parce qu'il ne doit pas y avoir plus de 3 000 adultes...
Le chemin est redevenu relativement sec, mais le temps s'est considérablement alourdi : il fait humide et très chaud, trop chaud, et le tissu de mon T-shirt me colle à la peau, me faisant regretter de ne pouvoir me balader torse nu comme le font la plupart des hommes du village.
Mes mollets ont fouettés par les herbes du chemin, ce qui relancent mes démangeaisons : j'essaie de me concentrer sur autre chose, en serrant les dents.
Je finis par arriver aux premières maisons quand le soleil apparaît enfin de derrière les nuages. Un cochon traverse devant moi en trottinant, des chiens errants s'étirent dans les flaques de soleil, d'une maison proche, j'entends un enfant chanter l'alphabet, partout, des vêtements sèchent sur les cordes à linge. Bon, je meurs de chaud mais tout de même, c'est vraiment joli ici.
Après trois bons quart d'heure de marche rapide, je finis par atteindre l'école 14 et son portrait du Christ aux yeux révulsés, je ne comprends même pas qu'il ne fasse pas peur aux enfants... Il est 10h15, et ils sont en plein milieu de la pause petit-déjeuner.
Je trouve le directeur sans difficulté, et lui explique mon projet en espagnol. Il est tout à fait emballé, d'ailleurs je suis priée de commencer immédiatement ! Je lui explique que je n'ai pas le matériel, que je ne suis pas prête mais il réplique que ce sont des petits, qu'ils sont en vacances dans deux semaines et qu'il faut que je commence maintenant si je veux avoir le temps de voir tout le monde.
Je me retrouve donc devant une vingtaine de première, qui est l'équivalent du CP. Simplifiant à mort je leur explique que les différents types d'endroits où l'on peut trouver des animaux sont : la forêt, le désert, la mer et les fleuves, et la banquise. Problème, je n'ai rien pu imprimer, et ils ne connaissent manifestement ni la banquise, ni le désert, et à peine la mer. Je leur demande à chacun de dessiner un des milieux au choix, et je passe ensuite dans les rangs pour leur expliquer mieux. C'est la confusion la plus totale : il est impossible de les faire tenir en place, ils viennent me montrer leurs dessins toutes les cinq minutes, et la plupart se contentent de recopier les dessins que j'ai fait au tableau pour leur expliquer. Au bout d'une heure, je comprends que j'ai user leur petits potentiels de concentration. Je prends rapidement leurs dessins en photo et, après avoir pris congé de la professeure qui a eu la gentillesse de gérer la discipline pendant que je me chargeais des explications, je repars vers la Media Luna. Je commence à mieux connaître la route, et j'hésite beaucoup moins aux intersections. En arrivant devant l'école 56, je jette un œil à l'intérieur et, constatant que les autres y sont encore, je vais les rejoindre. Nous rentrons ensemble et, pour une fois, Anaïs se joint à nous pour le repas. Une grosse marmite de pattes à l'oignon et à la tomate plus tard, Adeline 2 et moi-même partons prendre les singes en photo pour essayer de construire un trombinoscope cohérent... Ce qui n'est vraiment pas simple puisque nous ne somme même pas sûre de ne pas prendre plusieurs fois les même en photo ! Dans l'infirmerie des singes, Gaël et Elisabeth font l'inventaire, tandis que Blanca et la vétérinaire professionnelle qui vient d'arriver nourissent les animaux de la quarantaine.
Soudain, un énorme coup de tonnerre retenti, et une pluie fine commence à tomber. Le ciel, déjà couvert, tourne au gris ardoise, et des trombes d'eau commencent à s'abattre sur le sol. Adeline et moi nous précipitons vers la cuisine, où nous nous réfugions avec Maxime et Adeline.
Toutes les fenêtres étant de simples ouvertures tendues de moustiquaires, l'eau entre selon les coups de vent, et nous nous rapprochons du milieu de la pièce pour y échapper.
Elisabeth et Gaël, trempés, nous rejoignent rapidement. Comme ils expliquent à Adeline qu'ils ont oubliés leur K-ways à Laguna, celle-ci leur prête imperméable et cape de pluie. Bientôt, ils repartent sous une pluie battante : il y a bien une heure de marche pour rejoindre l'endroit où ils vivent et je les plains sincèrement. Personnellement, j'en aurais bien profité pour aller sur internet et imprimer quelques papiers mais là... Je pense que je ferai ça demain soir. De même, la projection que nous devions faire sur la place du village est reporté à demain du fait du temps.
Je bouquine tranquillement jusqu'à ce que Mathieu nous rejoigne. La pluie a un peu diminué et Adeline et Maxime décident de partir au village. Malheureusement pour ce dernier, alors qu'il remonte sa lampe de poche, le fil lui reste subitement dans la main. S'en suit une grande opération de démontage de la lampe mais, comme ça ne donne rien, il finit par partir sans, en compagnie d'Adeline. Moi j'ai trouvé mon occupation de la soirée : je récupère le tournevis, observe l'endroit qui coince, trouve les vis qui n'ont pas encore été enlevée et commence à la démonter entièrement. Devant Mathieu et Adeline 2 hilares, je commence à examiner les rouages, la position du ressort et du fil. Une bonne heure et demi plus tard, la lampe est réparée, et le repas prêt, malgré une bonbonne de gaz qui est presque vide.
Je mange sans appétit, me retartine une dernière fois d'eurax et monte rapidement me coucher : il est à peine 21h mais la nuit tombe si tôt ici qu'on est vite fatigué du simple fait d'être dans le noir.
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