mardi 12 juillet 2011

9 juillet

Quelle nuit horrible j'ai passée ! Il ne devait pas être passé minuit depuis longtemps, quand j'ai entrouvert les yeux dans mon sommeil et me suis retrouvée en face d'une monstrueuse araignée noire et rouge, qui tissait sa toile juste au-dessus de moi.
Paniquée, je me suis glissée le plus doucement possible à l'extérieur de ma moustiquaire, pour aller récupérer ma lampe de poche. Mais, dans le faisceau lumineux, plus rien. Elle a dû se laisser tomber dans les draps pendant que je regardait ailleurs.
Je commence à observer de loin la moustiquaire pour m'assurer qu'elle n'est pas dans un repli, puis je tire petit à petit les draps à l'extérieur du lit, et les étale par terre pour les examiner. Au bout de vingt bonnes minutes de ce manège, je commence à me demander si je n'ai pas tout simplement rêvé.
A peine cette idée m'est-elle venue, que j'en suis déjà persuadée. Si la lumière avait été suffisante pour que je la vois, pourquoi m'aurait-il fallu aller chercher une lampe de poche ?
Je me recouche avec appréhension, vérifiant sans cesse autour de moi. A peine la lumière éteinte, je constate qu'il fait vraiment un noir d'encre, et que même s'il y avait eu une araignée dans mon lit, jamais je n'aurais pu la voir.
Un peu perturbée, j'ai bien dû mal à me réendormir, et, pour la première fois depuis que je suis ici, c'est la sonnerie de ma montre qui me réveille, encore fatiguée de la veille.

Hier soir, Warren est passé nous voir et, après m'avoir donné 70 soles pour que je puisse faire mes courses, il m'a expliqué que ma mission ici allait consister à donner des cours à l'école 14, qui se trouve un peu plus loin que la 56 où j'ai accompagné Maxime. L'idée serait que j'aille présenter mon projet au directeur le lendemain matin pour commencer à faire la classe dès lundi. Je cache difficilement ma stupéfaction devant de tels délais.
Sur le principe, c'est une expérience géniale que d'aller enseigner dans les écoles ! Mais je suis avant tout ici pour faire de l'éthologie, et je m'étonne de ce changement de programme auprès de lui. Evasif, il me dit que des protocoles d'observation sont à ma disposition, et que je peux tout à fait y consacrer mes après-midi.
Cette proposition ne m'arrange pas vraiment. Si je travaille sur les singes l'après-midi, les soigneurs ne travaillant que le matin, je n'aurai personne pour m'aider à les identifier et à comprendre ce que je vois.
M'en ouvrant auprès de Maxime, celui-ci me rétorque que, de toutes façons, suite à des problèmes de personnel et de remaniement d'équipe, plus personne n'est capable d'identifier chaque individu. Notre seul chance est qu'il existerait – peut-être – un trombinoscope pour les reconnaître. Mais celui-ci se trouve sans doute à Moyobamba, c'est à dire à 12 heures de trajet dans le meilleur des cas.
Adeline 2 et Mathieu faisant régulièrement des scans du comportement des singes dans les arbres, et ce sans pouvoir les identifier, je leur propose que nous travaillions ensemble, afin de dresser une liste des signes distinctifs de chacun de 42 individus qui se trouve ici. Si nous les nommons ensuite par ces caractéristiques, nous aurons des points de repère, et il sera toujours possible de remettre en correspondance avec les vrais noms des animaux, si quelqu'un arrive jamais à retrouver ce trombinoscope.
Je suis d'autant plus déterminée que le prospectus ne tient pas vraiment ses promesses. En fait de bibliothèque, et de vidéothèque à disposition, il y a trois étagères chez Blanca, à Moyobamba, à disposition à deux jours de voyage donc. L'encadrement est quasi-inexistant, je pense qu'il va me falloir un grand sens de l'initiative pour pouvoir retirer quelque chose de ce voyage, concernant mes études en tous cas.
Par ailleurs, les 200 euros par semaine, nous sont reversés sous forme de 100 soles (25 euros) toutes les deux semaines pour nos courses personnelles. Et ce n'est pas l'électricité ou l'eau chaude que nous consommons qui doit les ruiner.... je pense que le reste doit donc passer comme "don à l'association". Je vais m'en ouvrir à Blanca, si elle me fait un certificat de cette nature, je pourrais peut-être en récupérer la moitié à la prochaine déclaration d'impôts.
Peu de temps après le départ de Warren, ma batterie me lâche. Adeline 1 m'ayant prêté son disque dur externe, j'ai pu enregistrer mon journal dessus, et je décide de partir au village pour vous communiquer enfin quelques nouvelles !
Au passage, nous passons chez Warren, où sa femme nous accueille très gentiment, et où je mets à charger mon téléphone, mon ordinateur et la batterie de mon appareil photo. Il est 18h, nous arrivons juste à temps pour l'arrivée de l'électricité, qui s'arrêtera vers 23h30. Ces horaires sont fixés par la mairie, qui les adapte généralement à la luminosité... et aux horaires des matchs de foot !
Le cyber-café facture 3 soles 50 de l'heure (88 centimes environ) et j'ai donc le temps de lire un peu vos commentaires, qui me font vraiment plaisir... Mais donnez moi un peu de vos nouvelles dedans ! Et puis, des nouvelles de l'actualité, sinon je ne comprendrai plus rien en revenant !
Après avoir mis le blog à jour et vérifier mes mails, je rejoins les garçons qui discutent avec un mobyletta. A leurs airs de conspirateur, je comprends qu'ils préparent l'organisation de l'anniversaire surprise d'Anaïs, que nous fêtons samedi. Apparemment, il y aura du monde, car tous les élèves de son cours d'artisanat veulent venir, et aimerai amener conjoint et enfants. Maxime s'en inquiète un peu car Anaïs a 25 élèves, et cela pourrait vite se chiffrer à plus de 80 personnes...
Des exclamations commencent à sortir des maisons, et nous comprenons que le match Pérou-Mexique va bientôt commencer. En ce moment, c'est la coupe des pays d'Amérique du Sud, et il y a des matchs presque tous les soirs.
Maxime et Mathieu sont très enthousiastes. Personnellement, ça ne l'intéresse qu'à moitié, mais Adeline 2 est partie se coucher avec une migraine, Adeline 1 est partie interroger les hommes du village sur leur gestion des coupes de bois en forêt, et Anaïs est partie chez son copain. Je vais donc manger un poulet-frites avec eux devant le match (à 5 soles, c'est à dire 1,25 euros).
Le Pérou a très bien joué mais sans réussir à marquer, et ce n'est qu'un but de justesse durant du temps additionnel qui leur a permis de gagner. Néanmoins, ils sont bien partis pour se retrouver ne quart de final.
Nous rentrons en mobyletta, et je vais me coucher directement.

Ce matin, il ne pleut presque pas. C'est le week-end, et donc l'occasion d'aller faire sa lessive dans le lavabo et de petit déjeuner tranquillement. De temps en temps, je sors pour empêcher les lagotriches de boire l'eau de vaisselle qui sort du tuyau de la cuisine. Après petit-déjeuner, alors que Mathieu est parti faire des courses, Warren arrive, et nous rend le matériel que nous avons mis à charger chez lui la veille. J'en profite pour récupérer mon argent pour les courses, et lui demander si, vraiment, il faut que je passe à l'école ce matin pour essayer de voir le directeur, sachant qu'il n'y a pas cours le samedi, et qu'il est très probable qu'il n'y soit pas.
Tranquillement, il me répond : bon ben lundi alors. Manifestement le fait que j'aurais pu faire une heure de marche pour rien ne l'émeut pas plus que ça. Mathieu me précisera au déjeuner que ce genre d'attitude est typiquement péruvienne.
Après son départ, Adeline et moi partons entamer notre travail auto-assigné d'identification.
C'est long et c'est compliqué. Nous commençons par essayer de repérer les singes qui ont perdu des plaques de poils. J'ignore de quel problème, ces morceaux de peau nue sont le symptôme, mais les poils mettent très longtemps à repousser, ce qui nous fait de bons points de repère. Une fois que nous en avons repéré un, nous notons la position de ces zones nues, puis un maximum de détail sur la forme du visage de l'animal, la couleur de son poil, son sexe, etc... Ceci fait, je prend des photos du singe, puis de ces signes distinctifs. C'est très long, les lagotriches sont peu coopératifs, et nombreux sont ceux qui, à nos yeux, n'ont pas de caractéristique particulière...
Je pense qu'il nous faudra être rigoureuses et régulières sur une longue période avant de pouvoir identifier tout le monde.
Il est dix heures et demi du matin, et nous avons fini de reprendre les données récoltées à l'ordinateur : j'en profite pour aller faire une lessive dont j'ai bien besoin, et laver au passage les torchons de la cuisine, ce qu'aucun écovolontaires n'a dû faire depuis plusieurs mois si j'en juge par l'odeur.
L'eau qui qui sort du robinet vient directement du fleuve. Elle est censée avoir été filtrée mais sa couleur me laisse des doutes sur la question. Après avoir versé un demi-bouchon de lessive dans l'eau, je m'attaque au problème à la main. Très vite, je me rend compte que l'opération risque d'être extrêmement longue, et je vais récupérer une brosse, et une planche à découper qui fera office de planche à laver.
C'est vraiment long à faire, d'autant plus qu'il me faut multiplier les allers-retour avec le fil à linge, et lutter d'autre part contre les moustiques, qui ne semblent pas incommodés par tous les produits dont je me suis enduite.
J'ai mal au dos ce matin, sans doute les marches régulières auxquelles je ne suis pas habituées, ainsi que ma longue station debout y sont-elles pour quelque chose. Mais l'activité en elle-même, bien que fatigante, n'est pas désagréable.
Si les cris des aras ne sont vraiment pas beau à entendre, les claquement de becs des martins pêcheurs du fleuve tout proche, et les Hola ! des amazones sont plutôt amusants.
De plus le jardin est tout bruissant. Dans l'herbe se promènent des lagotriches qui, maintenus en semi-liberté, viennent profiter des rayons du soleil. J'aperçois régulièrement d'énormes lézards verts à tête brune, si imposants que j'ai d'abord cru qu'il s'agissait de petits iguanes. De temps à autre, mais toujours trop vite pour que je puisse prendre une photo, des colibris et des morphos viennent faire miroiter leurs éclats métalliques près de moi.
Hier soir, sans doute pendant que je chassais mon araignée imaginaire, j'ai été dévorée par les moustiques, et je me passer régulièrement de l'eurax pour ne pas me gratter au sang, l'état des bras et des jambes d'Adeline 2 ne m'y ayant pas encouragée.
Après avoir tout étendu au soleil, et prié pour qu'il ne se mette pas subitement à pleuvoir, ou encore que les singes ne viennent pas jouer avec mes soutiens-gorges, je vais déjeuner avec les autres.
Aussitôt après, je monte dans ma chambre pour essayer de boucler mon rapport sur les fourmis, que je n'ai toujours pas eu le temps d'avancer. Je constate alors que les singes sont venus fouiller dans mes affaires : des vêtements ont été déplacés, mes boules quiès ouvertes et mâchouillées. Je fouille rapidement dans mes affaires, dérangeant quelques blattes au milieu de leur sieste, et constate avec soulagement que rien n'a été abîmé. Je range tous soigneusement dans des sacs afin d'éviter des problèmes, et vais vérifier la salle de bain. Même soulagement, ils n'ont pas mangé mon savon, ce qu'ils ont déjà fait à plusieurs reprises aux autres. Ils n'ont même pas renversé les toilettes écologiques ! Pour ceux qui ne connaissent pas, c'est une litière pour chat pour humain...
Constatant que le temps se maintient, et que les singes sont retournés se reposer dans leur cage, je relâche ma surveillance pour aller prendre une bonne douche bien glacée.
La fin d'après-midi s'écoule sans incident notable et, à 19h, nous partons vers le village. La nuit est déjà tombée, mais la lune est gibbeuse et éclaire la route d'une douce lumière blanche. En ombre chinoise, j'aperçois des espèces de coucous noirs qui, couchés au milieu de la route, profitent sans doute de la chaleur accumulée par le sable. A notre approche, ils s'envolent, pour aller se reposer un mètre plus loin, encore, et encore, jusqu'à ce qu'ils pensent à partir dans l'autre sens, ce qui nous permet de les dépasser sans plus les déranger.
L'école 14, où nous nous rendons, et où je devrais bientôt enseigner, est à environ 45 minutes de marche. Bleue turquoise, sa façade présente un grand portrait de Jésus et du sacré-cœur, et un portail si bas que je dois baisser la tête pour le passer.
Anaïs est ici pour permettre à ceux et celles qui maîtrisent l'artisanat local de transmettre efficacement leurs connaissances, afin que celui-ci puisse réellement se développer. Aujourd'hui, ces élèves et les autres écovolontaires lui ont organisé une fête surprise : la salle est décorée de banderoles blanches et de ballons transparent qui, après examen plus approfondi, s'avèrent être du papier toilette et des préservatifs gonflés... Mais ça ne rend pas mal du tout !
Anaïs finit par arriver dans la cour : tout le monde cri "Sorpresa !" et des musiciens mandés pour l'occasion entonnent "Joyeux Anniversaire".
La foule se canalise ensuite dans la salle de classe décorée. Certains font des discours en espagnol, auxquels Anaïs répond dans la même langue, avec l'aisance de celle qui ne parle plus que ça depuis plusieurs mois.
Des femmes distribuent ensuite des assiettes contenant du poulet, du riz, et du manioc. C'est la première foi que j'en mange : on dirait vraiment de la pomme de terre, mais l'arrière goût est beaucoup plus amer.
Peu de temps après, Gaël et Elisabeth nous rejoignent, et je discute un peu avec eux de l'avancée de leur travail. Apparemment, il leur faut absolument autopsier un poulet pour savoir d'où vient le problème, et il me propose de venir les voir faire à l'hôpital : j'accepte avec plaisir, tout en ayant de sérieux doutes sur les capacités des gens du coin leur trouver et la salle, et la poule, d'ici demain matin, alors qu'on est sera dimanche ! Dans le doute, je leur passe mon numéro de téléphone, leur demandant de me dire quand et où dès que possible.
Quand tout le monde a bien mangé, quelqu'un monte le son de la musique, et nombreux sont ceux qui se lèvent pour danser. Je prends de nombreuses photos, et participe même un peu. Tout le monde dans de la même façon, et toujours la même chose quelle que soit la musique... Sauf Gaël et Elisabeth qui se lancent dans un rock endiablé devant les péruviens stupéfaits. Plusieurs s'arrêtent carrément de danser pour les regarder faire.
Il fait très chaud, et de petits vers de cocktail commence à circuler : c'est un mélange de noix de coco, de banane et d'un alcool très fort local, l'Aguarente. C'est très bon, mais je m'étonne tout de même de voir un certain nombre d'enfants en boire.
Après que nous ayons mangé le gâteau, très bien cuit et glacé au caramel, la soirée s'essouffle doucement. Chacun prend congé, et nous partons finir la soirée à la discothèque el Paradisio. En fait de discothèque, c'est une espèce de grande maison, d'une seule pièce, avec deux néons qui clignotent et cinq musiques qui passent en boucle.
Néanmoins, l'entrée est gratuite, la bière peu chère, et l'ambiance bien plus conviviale qu'en France. Nous dansons beaucoup, parlons beaucoup espagnol, et même un peu anglais avec des touristes de passage, qui n'en revenait pas de trouver des gringos ici. Les gringos, ici, ce sont les blancs, et les enfants les montrent du doigt et les suivent dans la rue.
Fatiguée de toujours entendre la même chose, Adeline 1 branche son disque dur sur l'ordinateur des DJ et nous passe des musiques plus rock, osant même programmer un tzsirtakis, une danse traditionnelle grecque dont elle essaye d'expliquer les pas à son partenaire. Cette dernière n'a visiblement pas été du goût de tout le monde, car les DJ l'ont coupée bien avant la fin.
Nous nous amusons bien mais, habitués à des horaires matinaux, Mathieu, Adeline 2 et moi rentrons vers 3h, grâce à un ami d'Adeline qui est conducteur de motocar (c'est apparemment le vrai nom des mobilettas).
Je me mets en pyjama à la lueur de la bougie, borde ma moustiquaire et m'endors aussitôt.

1 commentaire:

  1. ma chérie,
    Nous sommes ravis de lire de tes nouvelles, même si les informations que tu donnes sur l'organisation de ton "stage" laissent rêveurs. Le mieux est de faire contre mauvaise fortune bon coeur et de vivre les aventures qui s'offrent à toi, même si ce n'étaient pas celles que tu attendais...
    Nous pensons à toi très fort et t'embrasons tendrement.
    Maman

    RépondreSupprimer