vendredi 8 juillet 2011

6 juillet


Nuit horrible : couchée à 22h, je me suis réveillée à 23h30, persuadée d'avoir entendu le réveil. La même scène s'est répétée à 2h, puis à 4h, 5h30 et enfin 6h. Avec Elisabeth, nous avions prévu de prendre un taxi à 6h30 pour ne pas rater le bateau qui lève les amarres à 7h30.
Après une douche froide (il n'y a pas d'eau chaude), je vais donc les rejoindre dans l'entrée. Nous hélons deux mobilettas et arrivons au port dix minutes plus tard.
Là, il nous faut lutter contre un groupe d'hommes qui veulent absolument porter nos valises. Je finis par me fâcher assez fort, et on nous laisse tranquille.
Après prise de renseignement, on m'informe que plusieurs bateaux vont à Laguna : un qui part à 8h et l'autre à 10h.
Nous montons dans celui qui part le plus tôt. Pour monter, il n'y a qu'une planche, large comme ma valise, qui fait office de passerelle. Je m'y avance avec toutes les précautions possibles.
Un homme du bateau m'a débarrassée du lagotriche mais, le voyant partir avec à toute vitesse, je lui précise qu'il s'agit d'un singe très dangereux, ce qui ne le ralentit que modérément. (Pour information, l'attaque la plus violente que je l'ai vu faire est de me mordiller la main en attrapant sa nourriture)
Nous montons jusqu'à la salle la plus haute du bateau, contournant l'enclos où sont parqués les vaches et escaladant péniblement les raides escaliers de fer qui y mènent. Là, nous accrochons nos hamacs, non sans difficulté, et repoussons les propositions de ventes de hamacs, récipients, liens, et guides pour Laguna.
Nous commençons à peine à nous reposer quand un grand craquement retenti : Gaël et Elisabeth sont par terre, le lien qui retenait leur hamac vient de lâcher. Aussitôt, trois enfants se matérialisent à  ses côtés pour lui en proposer de rechange. A un sol pièce, j'en achète deux aussi et ré-attache mon hamac avec. Ainsi, je suis plus rassurée qu'avec le bricolage que j'avais dû faire avec la corde qui me sert à suspendre ma moustiquaire.
Je discute un peu avec notre voisine argentine, qui m'informe qu'en fait, comme les taxis, le bateau ne part que lorsqu'il est rempli !
Pour patienter, nous allons chercher le petit déjeuner offert avec le billet. Les petits pains étant rassis et le lait chaud ne m'inspirant qu'à moitié, je profite des galettes bretonnes qu'Elisabeth et Gaël ont eu la bonne idée d'apporter.
Commence alors une longue attente...
J'en profite pour tenir mon journal, en version papier, c'est plus prudent.
A un moment, Elisabeth et moi apercevons un large dos noir et brillant affleurer une seconde, puis disparaître. Impossible de savoir ce que c'était. Les dauphins sont censés être roses ici, mais pour un poisson ce serait vraiment énorme ! Je guette un peu, mais il ne réapparaît pas.
A 11h30, le bateau a fini par partir. Il avance lentement mais les paysages traversés sont si beaux que ce n'est pas un problème. De toutes façons, le trajet est censé durer plus de huit heures alors...
Une demi-heure à peine après notre départ, le bateau heurte la rive, puis s'immobilise. Comme rien ne semble se passer, je demander à un homme d'équipage, qui m'explique que nous attendons un passager supplémentaire. Etrange pays que celui où le bateau ne part pas tant qu'il n'est pas plein mais s'arrête au milieu de nul part pour attendre une seule personne... qui n'est même pas là ! La notion du temps est vraiment différente de celle que nous avons en France.
Le voyage s'écoule lentement, les hamacs se révèlent étonnamment confortables et que je découvre avec plaisir la saga "Les enfants de la terre" de Jean Auel, tandis que Gaël découvre Boulet et qu'Elisabeth essaye de rendre compte à l'aquarelle de la forêt de hamacs qu'est devenu le bateau.
Vers le 15h, le déjeuner est sonné et une file de gens se précipite, gamelles en main. Embarrassés, nous constatons que nous n'avons ni récipient, ni cuillère pour manger. Nous souvenant des jeunes gens qui en vendaient au début du trajet, Elisabeth et moi partons à leur recherche. Mais, en demandant aux gens s'ils ne les ont pas vu, nous rencontrons un homme dont l'autorité sur les autres laisse penser qu'il s'agit  du capitaine du bateau. Cinq minutes d'explication plus tard, nous nous retrouvons à la table des VIP et mangeons dans des assiettes fournies par l'équipage, sans avoir à faire la queue.
L'après-midi s'écoule lentement. Des enfants du bateau viennent m'aider à nourrir et abreuver le lagotriche et, sur la suggestion de Gaël, je tente des explications maladroites en espagnol sur les problèmes de trafic d'animaux.
Je leur explique notamment qu'il a très peur des hommes car son ancien propriétaire l'a violemment maltraité quand il était petit.
Cet exemple est illustré une grosse heure plus tard quand un hurlement déchirant manque me faire tomber de mon hamac. Alors que je lisais tranquillement, le singe a réussi à écarter la couverture qui protège sa caisse, et a vu passer un homme... trop près à son goût.
La moitié du bateau me fixe d'un air sidéré tandis que je tente de le calmer par des mots apaisants en espagnol, langue à laquelle il réagit mieux. Le pauvre est tout tremblant : il se cache derrière ses mains et claque violemment des dents.
Finalement, un peu de jus de fruit donné à la seringue réussit à le calmer.
L'après-midi s'achève sans événement notable. Nous devions arriver à 15h, il est 17h et personne ne semble s'en formaliser. Renseignements pris pendant le dîner, le bateau ne sera pas à Laguna avant 21h-22h. L'idée de devoir retraverser la planche-passerelle dans le noir m'angoisse un peu... J'espère juste qu'il y aura bien un taxi pour nous à l'arrivée.
En attendant, les photos que je tente ne rendent justice ni à la beauté du coucher de soleil sur le fleuve, ni l'incroyable spectacle d'un ciel étoilé dans une région sans éclairage. Pour la première fois depuis des années, je peux voir la voie lactée.
L'homme dans le hamac à côté du mien me drague d'une façon éhontée. Pour avoir la paix, je finis par lui dire que Gaël est mon grand frère, ce qui ne fonctionne que modérément.
Vers 19h30, nous croisons un bateau qui descend le courant, tandis que nous le remontons : les deux navires se collent contre la rive, arrachant les arbres qui poussent au bord de l'eau dans la manoeuvre. Des échanges ont lieu, d'abord par canot interposés, puis les navires se collent flanc à flanc. Je ne comprends rien aux explications de l'équipage sur ce qui est en train de se produire, et avant que je puisse reformuler ma question, nous sommes déjà repartis.
La fin de soirée est difficile : craignant de louper Laguna, qui n'est pas le terminus de ce trajet, je n'ose pas m'endormir. Mes yeux se ferment malgré moi, et j'essaye désespérément de me concentrer sur une projection espagnole de la "Division rouge", un film visiblement américain qui se passe sur Mars. En désespoir de cause, je programme un réveil sur ma montre, et me laisse aller. Cinq minutes à peine plus tard, un membre de l'équipage, auquel j'ai demandé cent fois à quelle heure nous serions à Laguna, vient m'informer que nous y sommes. Il est 23h30, nous sommes dans ce bateau depuis 7h ce matin, et je ne tiens plus debout.
Bien que la descente des escaliers de fer avec valise et singe en main soit encore plus difficile que la montée, nous avons au moins le soulagement de ne pas avoir à ré-emprunter la planche pour descendre. Il fait très sombre et je saute sur la berge boueuse et glissante avec prudence.
Nous sommes accueillis par Warren, le responsable d'Ikamaperu à Laguna, qui annonce à Gaël et Elisabeth qu'ils vont dormir à l'hôtel, tandis que je dormirai à la Media Luna.
Je monte donc avec lui dans un mobyletta qui, sans lumière, nous emporte dans un couloir de verdure obscure et désert. La seule chose qui l'empêche de nous renverser dans le fossé est la petite lampe de poche que Warren brandit devant lui, en lui demandant régulièrement de bien vouloir accéléré. Anxieuse, je me roule en boule autour de mon sac et essaye de ne pas trop réfléchir.
Après 20 minutes de trajet, nous arrivons devant un petit portique de bois. Le conducteur du mobiletta me prend gentiment ma valise, et nous nous engageons dans un chemin obscur et boueux, entre de hauts arbres qui cachent le ciel. Une lumière finit pourtant par apparaître. Une espèce de cabane, semblable à celles où j'ai passé la nuit jusqu'à maintenant est éclairée à la bougie. A l'intérieur, quatre personnes me saluent, et je reste aussi peu de temps que la politesse me le permets : je ne tiens plus debout. Le conducteur du mobiletta monte la valise dans la pièce qui se trouve au-dessus de la cuisine, et Warren et lui m'aident à faire le lit, dans lequel je m'effondre, et m'endors instantanément.

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