mardi 12 juillet 2011

10 juillet

Ce matin, grosse grasse matinée jusqu'à... 7h30 ! Visiblement, ça fait trop longtemps que je me lève chaque jour à la même heure.
Comateuse, je rejoins Adeline 2 qui prépare du thé. Mal réveillée, je me brûle fortement le pouce en voulant allumer le gaz avec un briquet, ce qui me permet de découvrir la fameuse armoire à pharmacie : des compresses mais pas de sparadrap, un désinfectant périmé depuis l'année dernière, et du lubrifiant pour préservatif.
Je récupère de la biafine dans ma valise, protège mon doigt avec une compresse, et fait tenir le tout avec une ficelle de sachet de thé. Quand on n'a pas, on fait avec ce qu'on a !
Dehors, il tombe des cordes. Il est 11h, et Gaël et Elisabeth ne m'ont toujours pas appelée, je suppose qu'ils se sont heurtées à la difficulté permanent de réaliser des choses dans le coin.
Déprimée et fatiguée, je retourne me coucher et me réveille, effarée, à 14h. Apparemment, j'arrive juste à temps pour le déjeuner.
En début d'après-midi, je regrette un peu de pas avoir pris le temps de recharger mon ordinateur la veille. Mais la maison de Warren est si loin...
Désœuvrée, je lis un peu et, vers 16h nous partons pour le village faire des courses. La lumière commence à baisser doucement : le ciel est redevenu bleu, et de longs nuages blancs et roses s'y effilochent.
Le chemin est très boueux et nous progressons lentement, portant nos bidons d'eau vides. Arrivé là-bas, et après les avoir déposé chez le pourvoyeur en eau du village, nous nous séparons. Maxime passe voir le peintre qui travaille sur les poubelles de bois qu'il va installer partout dans le village.
Adeline part faire une course, et je vais brancher mon ordinateur chez Warren, pour que la batterie puisse se recharger. La carte-mémoire de mon appareil photo étant pleine, j'en profite pour allumer l'ordinateur un instant et l'y vider. Aussitôt, je me retrouve encerclée par les petites filles de la maison. Elles m'observent avec intérêt avant de me demander qui est la fille avec moi sur le fond d'écran. Je leur réponds qu'il s'agit de mon petit-copain, et leur demande si elles n'ont jamais vu de garçons à cheveux longs. Apparemment, ça existe, mais c'est vraiment très rare...et plutôt dans les villes.
Je rejoins ensuite Adeline 1 au cybercafé. Malheureusement, le disque dur de celle-ci ne fonctionne plus, et je peux seulement répondre aux mails et commentaires, sans mettre réellement le blog à jour : tout ce que j'ai écris se trouvant dedans.
Maxime nous rejoins peu de temps après, et nous finissons nos courses de nuit. Les magasins sont quasiment indifférenciables des autres maisons, et nous devons nous approcher très près des portes pour voir s'il y a un stock de fruit posé quelque part.
Adeline 1 n'a presque plus d'argent, et elle passe chez Richard. Comme il n'y a pas de banque ici, ces parents ont fait un virement sur le compte de ce monsieur, et il est censé lui retransmettre la somme, en soles. Mais évidemment, il prétend n'avoir rien reçu, et refuse les papiers qu'elle lui présente. Au bout d'un moment de tension, il semble soudainement comprendre quelque chose, se détend, et lui assure en riant qu'elle pourra venir récupérer son argent le lendemain. On verra bien...
Pendant ce temps, Maxime a été nous chercher un motocar, et celui-ci nous reconduit jusque chez le marchand d'eau, où nous chargeons alors un bidon, trop chargés que nous sommes pour en emporter plus.
Nous rentrons dans le noir, et devons porter le bidon de 20 litres sur les derniers mètres : en voyant à quel point il était boueux, le motocar a refusé de s'engager sur le chemin.
Dans la cuisine, Mathieu a découpé une montagne de frites, et nous les faisons frire à la poêle. Adeline 1 teste ma recette de pancakes à la banane pour le dessert. Pendant ce temps, Maxime m'explique ce qu'il a déjà fait dans les écoles, que je puisse m'expliquer un peu avec le directeur de l'école 14 demain matin. Apparemment, nos trois axes de travail sont : l'adaptation au milieu, le phénomène d'extinction et l'évolution de l'homme. Dans un contexte extrêmement catholique, je mets prudemment de côté l'évolution de l'homme, surtout que je vais devoir m'adresser à des primaires. Je pense que, la semaine prochaine, je ferai l'adaptation des espèces à leur milieu. Demain, j'irai voir le directeur et, s'il est d'accord, j'irai chercher quelques images sur internet et je les imprimerai pour leur faire une présentation.
En attendant, je vais me coucher, je suis trop fatiguée pour y réfléchir plus longtemps.

9 juillet

Quelle nuit horrible j'ai passée ! Il ne devait pas être passé minuit depuis longtemps, quand j'ai entrouvert les yeux dans mon sommeil et me suis retrouvée en face d'une monstrueuse araignée noire et rouge, qui tissait sa toile juste au-dessus de moi.
Paniquée, je me suis glissée le plus doucement possible à l'extérieur de ma moustiquaire, pour aller récupérer ma lampe de poche. Mais, dans le faisceau lumineux, plus rien. Elle a dû se laisser tomber dans les draps pendant que je regardait ailleurs.
Je commence à observer de loin la moustiquaire pour m'assurer qu'elle n'est pas dans un repli, puis je tire petit à petit les draps à l'extérieur du lit, et les étale par terre pour les examiner. Au bout de vingt bonnes minutes de ce manège, je commence à me demander si je n'ai pas tout simplement rêvé.
A peine cette idée m'est-elle venue, que j'en suis déjà persuadée. Si la lumière avait été suffisante pour que je la vois, pourquoi m'aurait-il fallu aller chercher une lampe de poche ?
Je me recouche avec appréhension, vérifiant sans cesse autour de moi. A peine la lumière éteinte, je constate qu'il fait vraiment un noir d'encre, et que même s'il y avait eu une araignée dans mon lit, jamais je n'aurais pu la voir.
Un peu perturbée, j'ai bien dû mal à me réendormir, et, pour la première fois depuis que je suis ici, c'est la sonnerie de ma montre qui me réveille, encore fatiguée de la veille.

Hier soir, Warren est passé nous voir et, après m'avoir donné 70 soles pour que je puisse faire mes courses, il m'a expliqué que ma mission ici allait consister à donner des cours à l'école 14, qui se trouve un peu plus loin que la 56 où j'ai accompagné Maxime. L'idée serait que j'aille présenter mon projet au directeur le lendemain matin pour commencer à faire la classe dès lundi. Je cache difficilement ma stupéfaction devant de tels délais.
Sur le principe, c'est une expérience géniale que d'aller enseigner dans les écoles ! Mais je suis avant tout ici pour faire de l'éthologie, et je m'étonne de ce changement de programme auprès de lui. Evasif, il me dit que des protocoles d'observation sont à ma disposition, et que je peux tout à fait y consacrer mes après-midi.
Cette proposition ne m'arrange pas vraiment. Si je travaille sur les singes l'après-midi, les soigneurs ne travaillant que le matin, je n'aurai personne pour m'aider à les identifier et à comprendre ce que je vois.
M'en ouvrant auprès de Maxime, celui-ci me rétorque que, de toutes façons, suite à des problèmes de personnel et de remaniement d'équipe, plus personne n'est capable d'identifier chaque individu. Notre seul chance est qu'il existerait – peut-être – un trombinoscope pour les reconnaître. Mais celui-ci se trouve sans doute à Moyobamba, c'est à dire à 12 heures de trajet dans le meilleur des cas.
Adeline 2 et Mathieu faisant régulièrement des scans du comportement des singes dans les arbres, et ce sans pouvoir les identifier, je leur propose que nous travaillions ensemble, afin de dresser une liste des signes distinctifs de chacun de 42 individus qui se trouve ici. Si nous les nommons ensuite par ces caractéristiques, nous aurons des points de repère, et il sera toujours possible de remettre en correspondance avec les vrais noms des animaux, si quelqu'un arrive jamais à retrouver ce trombinoscope.
Je suis d'autant plus déterminée que le prospectus ne tient pas vraiment ses promesses. En fait de bibliothèque, et de vidéothèque à disposition, il y a trois étagères chez Blanca, à Moyobamba, à disposition à deux jours de voyage donc. L'encadrement est quasi-inexistant, je pense qu'il va me falloir un grand sens de l'initiative pour pouvoir retirer quelque chose de ce voyage, concernant mes études en tous cas.
Par ailleurs, les 200 euros par semaine, nous sont reversés sous forme de 100 soles (25 euros) toutes les deux semaines pour nos courses personnelles. Et ce n'est pas l'électricité ou l'eau chaude que nous consommons qui doit les ruiner.... je pense que le reste doit donc passer comme "don à l'association". Je vais m'en ouvrir à Blanca, si elle me fait un certificat de cette nature, je pourrais peut-être en récupérer la moitié à la prochaine déclaration d'impôts.
Peu de temps après le départ de Warren, ma batterie me lâche. Adeline 1 m'ayant prêté son disque dur externe, j'ai pu enregistrer mon journal dessus, et je décide de partir au village pour vous communiquer enfin quelques nouvelles !
Au passage, nous passons chez Warren, où sa femme nous accueille très gentiment, et où je mets à charger mon téléphone, mon ordinateur et la batterie de mon appareil photo. Il est 18h, nous arrivons juste à temps pour l'arrivée de l'électricité, qui s'arrêtera vers 23h30. Ces horaires sont fixés par la mairie, qui les adapte généralement à la luminosité... et aux horaires des matchs de foot !
Le cyber-café facture 3 soles 50 de l'heure (88 centimes environ) et j'ai donc le temps de lire un peu vos commentaires, qui me font vraiment plaisir... Mais donnez moi un peu de vos nouvelles dedans ! Et puis, des nouvelles de l'actualité, sinon je ne comprendrai plus rien en revenant !
Après avoir mis le blog à jour et vérifier mes mails, je rejoins les garçons qui discutent avec un mobyletta. A leurs airs de conspirateur, je comprends qu'ils préparent l'organisation de l'anniversaire surprise d'Anaïs, que nous fêtons samedi. Apparemment, il y aura du monde, car tous les élèves de son cours d'artisanat veulent venir, et aimerai amener conjoint et enfants. Maxime s'en inquiète un peu car Anaïs a 25 élèves, et cela pourrait vite se chiffrer à plus de 80 personnes...
Des exclamations commencent à sortir des maisons, et nous comprenons que le match Pérou-Mexique va bientôt commencer. En ce moment, c'est la coupe des pays d'Amérique du Sud, et il y a des matchs presque tous les soirs.
Maxime et Mathieu sont très enthousiastes. Personnellement, ça ne l'intéresse qu'à moitié, mais Adeline 2 est partie se coucher avec une migraine, Adeline 1 est partie interroger les hommes du village sur leur gestion des coupes de bois en forêt, et Anaïs est partie chez son copain. Je vais donc manger un poulet-frites avec eux devant le match (à 5 soles, c'est à dire 1,25 euros).
Le Pérou a très bien joué mais sans réussir à marquer, et ce n'est qu'un but de justesse durant du temps additionnel qui leur a permis de gagner. Néanmoins, ils sont bien partis pour se retrouver ne quart de final.
Nous rentrons en mobyletta, et je vais me coucher directement.

Ce matin, il ne pleut presque pas. C'est le week-end, et donc l'occasion d'aller faire sa lessive dans le lavabo et de petit déjeuner tranquillement. De temps en temps, je sors pour empêcher les lagotriches de boire l'eau de vaisselle qui sort du tuyau de la cuisine. Après petit-déjeuner, alors que Mathieu est parti faire des courses, Warren arrive, et nous rend le matériel que nous avons mis à charger chez lui la veille. J'en profite pour récupérer mon argent pour les courses, et lui demander si, vraiment, il faut que je passe à l'école ce matin pour essayer de voir le directeur, sachant qu'il n'y a pas cours le samedi, et qu'il est très probable qu'il n'y soit pas.
Tranquillement, il me répond : bon ben lundi alors. Manifestement le fait que j'aurais pu faire une heure de marche pour rien ne l'émeut pas plus que ça. Mathieu me précisera au déjeuner que ce genre d'attitude est typiquement péruvienne.
Après son départ, Adeline et moi partons entamer notre travail auto-assigné d'identification.
C'est long et c'est compliqué. Nous commençons par essayer de repérer les singes qui ont perdu des plaques de poils. J'ignore de quel problème, ces morceaux de peau nue sont le symptôme, mais les poils mettent très longtemps à repousser, ce qui nous fait de bons points de repère. Une fois que nous en avons repéré un, nous notons la position de ces zones nues, puis un maximum de détail sur la forme du visage de l'animal, la couleur de son poil, son sexe, etc... Ceci fait, je prend des photos du singe, puis de ces signes distinctifs. C'est très long, les lagotriches sont peu coopératifs, et nombreux sont ceux qui, à nos yeux, n'ont pas de caractéristique particulière...
Je pense qu'il nous faudra être rigoureuses et régulières sur une longue période avant de pouvoir identifier tout le monde.
Il est dix heures et demi du matin, et nous avons fini de reprendre les données récoltées à l'ordinateur : j'en profite pour aller faire une lessive dont j'ai bien besoin, et laver au passage les torchons de la cuisine, ce qu'aucun écovolontaires n'a dû faire depuis plusieurs mois si j'en juge par l'odeur.
L'eau qui qui sort du robinet vient directement du fleuve. Elle est censée avoir été filtrée mais sa couleur me laisse des doutes sur la question. Après avoir versé un demi-bouchon de lessive dans l'eau, je m'attaque au problème à la main. Très vite, je me rend compte que l'opération risque d'être extrêmement longue, et je vais récupérer une brosse, et une planche à découper qui fera office de planche à laver.
C'est vraiment long à faire, d'autant plus qu'il me faut multiplier les allers-retour avec le fil à linge, et lutter d'autre part contre les moustiques, qui ne semblent pas incommodés par tous les produits dont je me suis enduite.
J'ai mal au dos ce matin, sans doute les marches régulières auxquelles je ne suis pas habituées, ainsi que ma longue station debout y sont-elles pour quelque chose. Mais l'activité en elle-même, bien que fatigante, n'est pas désagréable.
Si les cris des aras ne sont vraiment pas beau à entendre, les claquement de becs des martins pêcheurs du fleuve tout proche, et les Hola ! des amazones sont plutôt amusants.
De plus le jardin est tout bruissant. Dans l'herbe se promènent des lagotriches qui, maintenus en semi-liberté, viennent profiter des rayons du soleil. J'aperçois régulièrement d'énormes lézards verts à tête brune, si imposants que j'ai d'abord cru qu'il s'agissait de petits iguanes. De temps à autre, mais toujours trop vite pour que je puisse prendre une photo, des colibris et des morphos viennent faire miroiter leurs éclats métalliques près de moi.
Hier soir, sans doute pendant que je chassais mon araignée imaginaire, j'ai été dévorée par les moustiques, et je me passer régulièrement de l'eurax pour ne pas me gratter au sang, l'état des bras et des jambes d'Adeline 2 ne m'y ayant pas encouragée.
Après avoir tout étendu au soleil, et prié pour qu'il ne se mette pas subitement à pleuvoir, ou encore que les singes ne viennent pas jouer avec mes soutiens-gorges, je vais déjeuner avec les autres.
Aussitôt après, je monte dans ma chambre pour essayer de boucler mon rapport sur les fourmis, que je n'ai toujours pas eu le temps d'avancer. Je constate alors que les singes sont venus fouiller dans mes affaires : des vêtements ont été déplacés, mes boules quiès ouvertes et mâchouillées. Je fouille rapidement dans mes affaires, dérangeant quelques blattes au milieu de leur sieste, et constate avec soulagement que rien n'a été abîmé. Je range tous soigneusement dans des sacs afin d'éviter des problèmes, et vais vérifier la salle de bain. Même soulagement, ils n'ont pas mangé mon savon, ce qu'ils ont déjà fait à plusieurs reprises aux autres. Ils n'ont même pas renversé les toilettes écologiques ! Pour ceux qui ne connaissent pas, c'est une litière pour chat pour humain...
Constatant que le temps se maintient, et que les singes sont retournés se reposer dans leur cage, je relâche ma surveillance pour aller prendre une bonne douche bien glacée.
La fin d'après-midi s'écoule sans incident notable et, à 19h, nous partons vers le village. La nuit est déjà tombée, mais la lune est gibbeuse et éclaire la route d'une douce lumière blanche. En ombre chinoise, j'aperçois des espèces de coucous noirs qui, couchés au milieu de la route, profitent sans doute de la chaleur accumulée par le sable. A notre approche, ils s'envolent, pour aller se reposer un mètre plus loin, encore, et encore, jusqu'à ce qu'ils pensent à partir dans l'autre sens, ce qui nous permet de les dépasser sans plus les déranger.
L'école 14, où nous nous rendons, et où je devrais bientôt enseigner, est à environ 45 minutes de marche. Bleue turquoise, sa façade présente un grand portrait de Jésus et du sacré-cœur, et un portail si bas que je dois baisser la tête pour le passer.
Anaïs est ici pour permettre à ceux et celles qui maîtrisent l'artisanat local de transmettre efficacement leurs connaissances, afin que celui-ci puisse réellement se développer. Aujourd'hui, ces élèves et les autres écovolontaires lui ont organisé une fête surprise : la salle est décorée de banderoles blanches et de ballons transparent qui, après examen plus approfondi, s'avèrent être du papier toilette et des préservatifs gonflés... Mais ça ne rend pas mal du tout !
Anaïs finit par arriver dans la cour : tout le monde cri "Sorpresa !" et des musiciens mandés pour l'occasion entonnent "Joyeux Anniversaire".
La foule se canalise ensuite dans la salle de classe décorée. Certains font des discours en espagnol, auxquels Anaïs répond dans la même langue, avec l'aisance de celle qui ne parle plus que ça depuis plusieurs mois.
Des femmes distribuent ensuite des assiettes contenant du poulet, du riz, et du manioc. C'est la première foi que j'en mange : on dirait vraiment de la pomme de terre, mais l'arrière goût est beaucoup plus amer.
Peu de temps après, Gaël et Elisabeth nous rejoignent, et je discute un peu avec eux de l'avancée de leur travail. Apparemment, il leur faut absolument autopsier un poulet pour savoir d'où vient le problème, et il me propose de venir les voir faire à l'hôpital : j'accepte avec plaisir, tout en ayant de sérieux doutes sur les capacités des gens du coin leur trouver et la salle, et la poule, d'ici demain matin, alors qu'on est sera dimanche ! Dans le doute, je leur passe mon numéro de téléphone, leur demandant de me dire quand et où dès que possible.
Quand tout le monde a bien mangé, quelqu'un monte le son de la musique, et nombreux sont ceux qui se lèvent pour danser. Je prends de nombreuses photos, et participe même un peu. Tout le monde dans de la même façon, et toujours la même chose quelle que soit la musique... Sauf Gaël et Elisabeth qui se lancent dans un rock endiablé devant les péruviens stupéfaits. Plusieurs s'arrêtent carrément de danser pour les regarder faire.
Il fait très chaud, et de petits vers de cocktail commence à circuler : c'est un mélange de noix de coco, de banane et d'un alcool très fort local, l'Aguarente. C'est très bon, mais je m'étonne tout de même de voir un certain nombre d'enfants en boire.
Après que nous ayons mangé le gâteau, très bien cuit et glacé au caramel, la soirée s'essouffle doucement. Chacun prend congé, et nous partons finir la soirée à la discothèque el Paradisio. En fait de discothèque, c'est une espèce de grande maison, d'une seule pièce, avec deux néons qui clignotent et cinq musiques qui passent en boucle.
Néanmoins, l'entrée est gratuite, la bière peu chère, et l'ambiance bien plus conviviale qu'en France. Nous dansons beaucoup, parlons beaucoup espagnol, et même un peu anglais avec des touristes de passage, qui n'en revenait pas de trouver des gringos ici. Les gringos, ici, ce sont les blancs, et les enfants les montrent du doigt et les suivent dans la rue.
Fatiguée de toujours entendre la même chose, Adeline 1 branche son disque dur sur l'ordinateur des DJ et nous passe des musiques plus rock, osant même programmer un tzsirtakis, une danse traditionnelle grecque dont elle essaye d'expliquer les pas à son partenaire. Cette dernière n'a visiblement pas été du goût de tout le monde, car les DJ l'ont coupée bien avant la fin.
Nous nous amusons bien mais, habitués à des horaires matinaux, Mathieu, Adeline 2 et moi rentrons vers 3h, grâce à un ami d'Adeline qui est conducteur de motocar (c'est apparemment le vrai nom des mobilettas).
Je me mets en pyjama à la lueur de la bougie, borde ma moustiquaire et m'endors aussitôt.

vendredi 8 juillet 2011

8 juillet

Réveil très matinal aujourd'hui : de magnifiques aras jaunes et bleus hurlent sous ma fenêtre. Les premières lueurs du soleil sur le fleuve sont magnifique, mais j'avoue que j'aurais volontiers dormi plus longtemps.
Je finis par me lever quand même, car il y a un certain nombre de choses que je souhaiterai finir vite, notamment de recopier mon journal pour pouvoir vous le faire parvenir !
En bas, les deux Adeline sont déjà levées, et nous petit-déjeunons en silence, du moins autant que possible dans une forêt au vacarme permanent. Vers 8h30, alors que je suis en train d'écrire, Adeline 2 et Mathieu me propose de les accompagner faire un scan du comportement des singes. Cela consiste à observer en un minimum de temps possible le comportement de tous les individus d'un groupe. On recommence l'opération plusieurs fois, à quelque minutes d'intervalles, et on peut ainsi obtenir des fréquences d'apparition de comportement.
Malheureusement pour moi, la passerelle d'observation est une petite cabane en bois en haut de plusieurs échelles de bois bancales et sans garde-fou. Je monte jusqu'à la première passerelle, sur laquelle je reste bloquée par le vertige. Plusieurs fois, je tente de monter l'échelle suivante, mais elle est vraiment trop haute et trop penchée. J'observe donc d'en dessous, et observe un certain nombre de comportement amusant : par exemple, quand le mâle dominant veut affirmer sa position face à un autre singe, il lui saisit vigoureusement la tête avec ses mains. Il ne semble pas lui faire particulièrement mal, mais l'autre se débat férocement en poussant de grands cris.
Je me demande si l'expression "il me prend la tête" n'a pas des origines très très anciennes...
A 9h15, lassée par le nuage de moustique qui m'entoure et tente de me piquer à travers mes vêtements, et ce malgré la bonne quantité d'anti-moustique que je porte, je redescends la première échelle, et vais rejoindre Maxime qui part à l'école.
Il doit finir les poubelles et, pendant ce temps, je pense faire faire un pendu aux enfants, pour leur faire travailler le cycle de l'eau.
Arrivée à l'école, je laisse Maxime tout installer, et je me dirige vers le collège tout proche, afin de discuter avec le directeur de la possibilité d'un atelier d'initiation aux méthodes de contraception, et ce afin de lutter contre l'accroissement du nombre de filles-mères dans le village.
Malheureusement, j'avais oublié que "tout proche" en péruvien signifie "pas à plus d'une demi-heure de marche". A près m'être crue perdu une ou deux fois, je finis par atteindre le collège, où l'on m'annonce que le directeur se trouve à l'école primaire de la mission.
Je reprends donc mon chemin, essayant de repérer quelque points de repère pour le retour. A l'école primaire, le directeur m'accueille très gentiment. Il est d'origine espagnol, et malgré le temps qu'il a certainement passé ici, sa peau trop claire et ses yeux bleus le trahissent. Nous discutons un moment mais, très vite, il m'explique que ce genre d'atelier a déjà été installé au collège, et qu'il n'a donc pas besoin de mes services.
Je repars donc, sous un cagnard qui devient assez pesant. Mais très vite, je m'aperçois que je ne retrouve plus mes points de repère. De nouveau perdue, je tente de demander mon chemin, mais les gens ignorent où se trouve la Media-Luna, et je ne connais ni le nom de l'école, ni celui de l'église qui se trouve en face. J'erre un moment au hasard et finit par me retrouver au niveau du marche, c'est à dire à côté de l'hôtel où je cherchais les autres la veille.
Comprenant que je me suis beaucoup éloigné, je demande mon chemin encore et encore, et on finit par me conduire à la maison de Warren, le responsable d'Ikamaperu à Laguna. Celui-ci est absent, mais sa femme m'indique la route, tout en précisant, mais c'est au moins à une heure de marche.
Me rappelant que j'ai bien mis une heure et demi à rejoindre le marché la veille, je me dis que le calcul semble juste, et pars d'un pas rapide afin de ne pas perdre trop de temps.
Le soleil tape dur, et je regrette de ne pas avoir pris de crème solaire. Au bout d'une vingtaine de minutes seulement, je commence pourtant à reconnaître des maisons. Apercevant Maxime, je le hèle, et il me remet dans la bonne direction, ce qui m'amène devant l'école à peine cinq minutes plus tard. Au loin, je vois les deux Adeline et Mathieu qui s'éloignent, et je dois marcher vite pour n'être qu'à portée de voix.
Nous finissons la route ensemble et, à peine arrivée, je me précipite sous la douche. Après la poussière de la route et le soleil, l'eau glaciale est presque un soulagement. L'inconfort laissant la place à l'habitude, je finis même par trouver cela agréable.
Je descend ensuite donner un coup de main à Mathieu pour la cuisine (et si!) : j'épluche des carottes sans épluche-légume avant de les rapper sur une rappe en plastique. Puis je découpe le choux que je rince dans de l'eau vinaigrée pour qu'il soit consommable sans risque. Mathieu, de son côté, découpe des oignons, des tomates et fait du riz.
Après déjeuner, j'ai enfin un instant pour écrire. Je me dépêche car il faudrait que je puisse donner mon portable à Warren afin qu'il le mette à charger chez lui... et pour cela, il faut que j'ai fini et que tout soit sur clef USB.

Il paraît que c'est la canicule en France, j'espère que tout se passe bien pour vous, et que vous n'avez pas trop chaud. Victor, je t'aime, mais n'oublie pas mes fourmis s'il te plait, s'il fait si chaud, elles risquent de manquer d'eau. J'espère que vous passez tous de bon moments, j'ai vraiment hâte de vous revoir !

7 juillet

Premier jour à la Media-Luna, enfin ! (Prononcer Média-Louna) Les jeunes que j'ai aperçus hier dans un état de semi-concience sont : Adeline, Mathieu et une autre Adeline, en stage de BTS Gestion et Protection de la Nature ; Anaïs, une belge blonde rasta qui apprend l'artisanat à la population locale et fait de très jolis bijoux ( je vous en rapporterai sans doute quelque uns) et enfin Maxime, grand brun frisé aux yeux très bleus, qui fait un stage de six mois pour boucler son master d'écologie.
Du fait de l'heure tardive à laquelle je suis arrivée la veille, j'ai une dérogation et je peux dormir jusqu'à 7h30 ! Malgré l'envie que j'en ai, je renonce à prendre une douche devant sa température, et décide de reporter l'opération à la midi journée, quand le soleil aura un peu chauffé l'eau des tuyaux.
Premier petit-déjeuner à la Media-Luna, pendant lequel un employé vient enfin récupérer la caisse du singe pour le mettre avec les autres : en tout, il y sera resté plus de 72 heures !
Le pain est infect, et je me concentre sur le goût de la confiture... de fraise encore ! Je pense qu'il doit y avoir des accord entre le gouvernement et les producteurs car c'est une marque unique qui semble avoir inondé l'intégralité du marcher avec un seul produit...
La matinée s'écoule tranquillement sans que personne ne semble faire grand chose et j'en profite pour aller réorganiser mes affaires. Maxime m'a en effet appris que les singes parvenaient à entrer par le toit et qu'ils avaient notamment mangé le passeport d'Anaïs, qui partage ma chambre. Comme je ne peux néanmoins pas tout garder dans la valise, ce qui serait horriblement peu pratique, je sors l'intégralité de son contenu, réorganise le matériel, mets mes chaussures dans un sac plastique, mes sous-vêtements dans un autre et, enfin, je me sers de mon hamac comme baluchon pour mes vêtements avant de le nouer avec ses cordes et de le planquer sous le lit. La moitié de mes affaires sont donc emballées sous le lit et l'autre enfermée dans ma valise. A priori, peu de chance que les singes viennent les y chercher, d'autant plus qu'Anaïs ne semble pas s'être souciée des même précautions. Je remarque soudain des tâches blanches par terre. Je me fige, car Maxime m'a expliqué que ce genre de tâches étaient des excréments de boa, et qu'on en trouvait quand ceux-ci se cachait dans le toit. Inquiète, je cherche un moment, avant d'être prise d'un doute. Je reviens les observer de plus près, les renifle un peu, et constate qu'il s'agit évidemment de projections de l'anti-moustique dont je me suis enduite, peu de temps avant, à cet endroit.
Remise de mes émotions, je descends rejoindre Maxime, qui m'a proposé de l'accompagner pour faire la classe aux enfants du village. Arrivé ici depuis le mois de Mars, il s'est arrangé avec un charpentier pour qu'il lui confectionne des poubelles en bois. Un peintre a ensuite accepté d'y esquisser des contours et, aujourd'hui, les enfants du villages vont pouvoir les peindre. Le but est d'installer ces poubelles un peu partout dans le village pour que les gens perdent l'habitude de jeter leurs déchets n'importe où, la mairie ayant promis de s'assurer du ramassage régulier des ordures.
Comme tout le monde ne peut pas peindre en même temps, je suis charger d'occuper les autres avec un jeu de société sur le cycle de l'eau. Opération difficile quand on manque de vocabulaire : à la question qu'est-ce que une "sequia" j'ai bien faillit répondre aussi, je ne sais pas ! Heureusement, Maxime m'a bien aidé, et le dictionnaire de Juliette encore plus.
Après avoir peint le bananier qui orne l'avant de la poubelle, les garçons sont allés jouer au foot, et les filles au volet, avec un ballon de basket et un terrain dont les lignes et le filet sont des traits sur le sol. Je me joins à elles jusqu'à ce qu'un professeur siffle la fin de la journée, à midi et demi.
Nous repartons avec Mathieu et Adeline, qui sont venus nous rejoindre et, en chemin, nous croisons Anaïs et Adeline qui nous annoncent qu'elles sont trop fatiguées pour cuisiner, et qu'elles vont chercher des menus pour tout le monde.
Nous faisons du thé en les attendant, et je découvre le fameux dossier qu'on aurait du me remettre à mon arrivée et que je n'ai jamais vu. Maxime me dit que ça ne l'intéresse qu'à moitié, et que je peux prendre le sien si je veux, ce que je m'empresse d'accepter.
Au déjeuner, plat typiquement péruvien : banane verte cuite (goût de pomme de terre), riz et poulet.
Je profite de la pause d'après-déjeuner pour aller prendre une douche dont, effectivement, les 25 premières secondes sont presque chaude. L'eau n'est pas glacée, mais elle froide à la limite du supportable, et je l'abrège au plus vite. Le début d'après-midi est assez tranquille. Je fais le tour de la Media-Luna : nos habitations sont des petites cabanes en bois sans électricité, mais couturées de moustiquaires. Pour la cuisine, nous avons un réchaud au gaz. Évidement, pas de frigidaire, mais e grandes boîtes en plastiques pour stocker ce qui est conservable par cette chaleur.
Derrière les cabanes, de grandes cages pour les lagotriches, et de plus petites pour les perroquets et les toucans, je prends de nombreuses photos dont je doute de pouvoir vous faire profiter avant mon retour... Des petites perruches vertes, de grands aras bleus et jaunes, et d'autres encore, de toutes les couleurs, mangent tranquillement à moins d'un mètre de moi. Le soigneur me propose de l'accompagner dans la cage, et je peux les voir d'encore plus près, malgré les manœuvres d'intimidation d'un grand ara rouge, qui se gonfle de colère.
Je discute un moment avec le soigneur, qui s'appelle Nilo, et il me dit que Warren m'expliquera quelle est ma mission demain matin. Après l'avoir regardé nourrir, les oiseaux, dont les Holà ! permanents ne cessent de me faire croire que quelqu'un arrive, je retourne dans ma chambre finir de vous raconter tout ça. De ma chambre, je vois des aras et des colibris dans les arbres, et des singes dans la pelouses profitent des derniers rayons du soleil. Les autres sont partis en ville. Ils m'ont très gentiment proposé de les accompagner au cyber-café mais, comme je n'ai pas fini de vous écrire, ce serait dommage que j'y aille pour n'avoir rien à vous envoyer, d'autant plus que les deux jours précédents sont encore au format papier, et qu'il va me falloir les reprendre à l'ordinateur avant qu'il ne fasse trop noir.
Vers 18h30, la nuit tombe, et même si mon ordinateur brille, j'ai du mal à voir le clavier, et il m'est impossible de recopier les notes que j'ai prises sur les deux jours précédents. Ne trouvant pas de bougie dans la cuisine, je renonce et décide d'aller rejoindre les autres au village.
Lampe torche en main, je m'avance dans l'obscurité du chemin qui mène à Laguna. Il y a bien vingt minutes de marche avant les premières maisons, et le chemin n'est pas très visible, mais je remonte régulièrement ma lampe à la manivelle afin de mieux y voir. Soudain, un claquement sec : la poignée vient de me rester dans la main. Comme la nuit est claire, je décide d'économiser ma lumière, et je range la poignée et la lampe dans ma poche. Les étoiles et la lune me permettent d'éviter les trous dans la chaussée.
Je finis par parvenir au village, et m'aperçois que je suis partie inconsidérément. Je n'ai pas la moindre idée d'où ils peuvent être. Me souvenant qu'ils avaient parler d'aller boire un coup, je demande aux gens où il est possible de prendre un verre. Et on m'indique la Luz verde, et la Cagna Brava, qui sont des discothèques. Je marche longuement. Je demande régulièrement mon chemin, et je finis par arrivée à la luz verde, où il n'y a absolument personne. Je m’apprête à faire demi-tour quand l'une des petites filles à qui j'ai demandé ma route vient me voir en me disant qu'elle a vu Anaïs. Celle-ci rend visite à un ami du village, et elle m'explique que les autres sont à l'hôtel Samiria. Elle m'indique la direction globale, et je reprends ma route.
Au bout d'un moment, je redemande mon chemin à une mère et ses deux filles. Je dois avoir l'air complètement perdue car la jeune femme demande à son enfant de bien vouloir m'accompagner pour que je ne me perde plus. Je la remercie mille fois et, grâce à Millie, finis par trouver le Samiria, à 20 bonnes minutes de marche de là où j'étais.
A la réception, personne. Nous entrons dans l'hôtel, nous appelons, personne. Découragée je finis par ressortir en me disant que je vais rentrer à la Media Luna quand j'entends appeler derrière moi. A 20 mètres de l'hôtel, Matthieu me fait des grands signes. En fait, ils étaient encore au cyber-café.
Soulagée, je vais m'asseoir avec eux, et je mange des espèces de petits gâteaux secs pendant que des gamines m'apprennent une comptine péruvienne. Je remercie beaucoup Millie, et lui glisse un sol dans la main, toute la monnaie qu'il me reste.
Peu de temps après, Adeline 1 a fini d'utiliser l'ordinateur, et nous allons boire un coup chez un ami à eux, juste en face. Quelque bière plus tard, nous sifflons un mobyletta, qui nous rapproche considérablement, mais refuse de nous déposer à la Media Luna, car le chemin est trop mauvais.
Nous rentrons dans le noir et, à peine arrivés, Matthieu nous fait des pattes, et Adeline des crêpes.
Épuisée par ma soirée, je prends congé, et m'endors à peine allongée.

Comme vous le constatez, tout se passe bien, j'espère juste que j'aurai bientôt quelque chose de plus consistant à faire ! Enfin, vous me connaissez, si on ne me donne pas un projet particulier, je m'en trouverai bien un toute seule !
Je vous embrasse très fort, et je regrette de ne pas avoir pu vous emmener pour que vous puissiez partager tout ça avec moi !

6 juillet


Nuit horrible : couchée à 22h, je me suis réveillée à 23h30, persuadée d'avoir entendu le réveil. La même scène s'est répétée à 2h, puis à 4h, 5h30 et enfin 6h. Avec Elisabeth, nous avions prévu de prendre un taxi à 6h30 pour ne pas rater le bateau qui lève les amarres à 7h30.
Après une douche froide (il n'y a pas d'eau chaude), je vais donc les rejoindre dans l'entrée. Nous hélons deux mobilettas et arrivons au port dix minutes plus tard.
Là, il nous faut lutter contre un groupe d'hommes qui veulent absolument porter nos valises. Je finis par me fâcher assez fort, et on nous laisse tranquille.
Après prise de renseignement, on m'informe que plusieurs bateaux vont à Laguna : un qui part à 8h et l'autre à 10h.
Nous montons dans celui qui part le plus tôt. Pour monter, il n'y a qu'une planche, large comme ma valise, qui fait office de passerelle. Je m'y avance avec toutes les précautions possibles.
Un homme du bateau m'a débarrassée du lagotriche mais, le voyant partir avec à toute vitesse, je lui précise qu'il s'agit d'un singe très dangereux, ce qui ne le ralentit que modérément. (Pour information, l'attaque la plus violente que je l'ai vu faire est de me mordiller la main en attrapant sa nourriture)
Nous montons jusqu'à la salle la plus haute du bateau, contournant l'enclos où sont parqués les vaches et escaladant péniblement les raides escaliers de fer qui y mènent. Là, nous accrochons nos hamacs, non sans difficulté, et repoussons les propositions de ventes de hamacs, récipients, liens, et guides pour Laguna.
Nous commençons à peine à nous reposer quand un grand craquement retenti : Gaël et Elisabeth sont par terre, le lien qui retenait leur hamac vient de lâcher. Aussitôt, trois enfants se matérialisent à  ses côtés pour lui en proposer de rechange. A un sol pièce, j'en achète deux aussi et ré-attache mon hamac avec. Ainsi, je suis plus rassurée qu'avec le bricolage que j'avais dû faire avec la corde qui me sert à suspendre ma moustiquaire.
Je discute un peu avec notre voisine argentine, qui m'informe qu'en fait, comme les taxis, le bateau ne part que lorsqu'il est rempli !
Pour patienter, nous allons chercher le petit déjeuner offert avec le billet. Les petits pains étant rassis et le lait chaud ne m'inspirant qu'à moitié, je profite des galettes bretonnes qu'Elisabeth et Gaël ont eu la bonne idée d'apporter.
Commence alors une longue attente...
J'en profite pour tenir mon journal, en version papier, c'est plus prudent.
A un moment, Elisabeth et moi apercevons un large dos noir et brillant affleurer une seconde, puis disparaître. Impossible de savoir ce que c'était. Les dauphins sont censés être roses ici, mais pour un poisson ce serait vraiment énorme ! Je guette un peu, mais il ne réapparaît pas.
A 11h30, le bateau a fini par partir. Il avance lentement mais les paysages traversés sont si beaux que ce n'est pas un problème. De toutes façons, le trajet est censé durer plus de huit heures alors...
Une demi-heure à peine après notre départ, le bateau heurte la rive, puis s'immobilise. Comme rien ne semble se passer, je demander à un homme d'équipage, qui m'explique que nous attendons un passager supplémentaire. Etrange pays que celui où le bateau ne part pas tant qu'il n'est pas plein mais s'arrête au milieu de nul part pour attendre une seule personne... qui n'est même pas là ! La notion du temps est vraiment différente de celle que nous avons en France.
Le voyage s'écoule lentement, les hamacs se révèlent étonnamment confortables et que je découvre avec plaisir la saga "Les enfants de la terre" de Jean Auel, tandis que Gaël découvre Boulet et qu'Elisabeth essaye de rendre compte à l'aquarelle de la forêt de hamacs qu'est devenu le bateau.
Vers le 15h, le déjeuner est sonné et une file de gens se précipite, gamelles en main. Embarrassés, nous constatons que nous n'avons ni récipient, ni cuillère pour manger. Nous souvenant des jeunes gens qui en vendaient au début du trajet, Elisabeth et moi partons à leur recherche. Mais, en demandant aux gens s'ils ne les ont pas vu, nous rencontrons un homme dont l'autorité sur les autres laisse penser qu'il s'agit  du capitaine du bateau. Cinq minutes d'explication plus tard, nous nous retrouvons à la table des VIP et mangeons dans des assiettes fournies par l'équipage, sans avoir à faire la queue.
L'après-midi s'écoule lentement. Des enfants du bateau viennent m'aider à nourrir et abreuver le lagotriche et, sur la suggestion de Gaël, je tente des explications maladroites en espagnol sur les problèmes de trafic d'animaux.
Je leur explique notamment qu'il a très peur des hommes car son ancien propriétaire l'a violemment maltraité quand il était petit.
Cet exemple est illustré une grosse heure plus tard quand un hurlement déchirant manque me faire tomber de mon hamac. Alors que je lisais tranquillement, le singe a réussi à écarter la couverture qui protège sa caisse, et a vu passer un homme... trop près à son goût.
La moitié du bateau me fixe d'un air sidéré tandis que je tente de le calmer par des mots apaisants en espagnol, langue à laquelle il réagit mieux. Le pauvre est tout tremblant : il se cache derrière ses mains et claque violemment des dents.
Finalement, un peu de jus de fruit donné à la seringue réussit à le calmer.
L'après-midi s'achève sans événement notable. Nous devions arriver à 15h, il est 17h et personne ne semble s'en formaliser. Renseignements pris pendant le dîner, le bateau ne sera pas à Laguna avant 21h-22h. L'idée de devoir retraverser la planche-passerelle dans le noir m'angoisse un peu... J'espère juste qu'il y aura bien un taxi pour nous à l'arrivée.
En attendant, les photos que je tente ne rendent justice ni à la beauté du coucher de soleil sur le fleuve, ni l'incroyable spectacle d'un ciel étoilé dans une région sans éclairage. Pour la première fois depuis des années, je peux voir la voie lactée.
L'homme dans le hamac à côté du mien me drague d'une façon éhontée. Pour avoir la paix, je finis par lui dire que Gaël est mon grand frère, ce qui ne fonctionne que modérément.
Vers 19h30, nous croisons un bateau qui descend le courant, tandis que nous le remontons : les deux navires se collent contre la rive, arrachant les arbres qui poussent au bord de l'eau dans la manoeuvre. Des échanges ont lieu, d'abord par canot interposés, puis les navires se collent flanc à flanc. Je ne comprends rien aux explications de l'équipage sur ce qui est en train de se produire, et avant que je puisse reformuler ma question, nous sommes déjà repartis.
La fin de soirée est difficile : craignant de louper Laguna, qui n'est pas le terminus de ce trajet, je n'ose pas m'endormir. Mes yeux se ferment malgré moi, et j'essaye désespérément de me concentrer sur une projection espagnole de la "Division rouge", un film visiblement américain qui se passe sur Mars. En désespoir de cause, je programme un réveil sur ma montre, et me laisse aller. Cinq minutes à peine plus tard, un membre de l'équipage, auquel j'ai demandé cent fois à quelle heure nous serions à Laguna, vient m'informer que nous y sommes. Il est 23h30, nous sommes dans ce bateau depuis 7h ce matin, et je ne tiens plus debout.
Bien que la descente des escaliers de fer avec valise et singe en main soit encore plus difficile que la montée, nous avons au moins le soulagement de ne pas avoir à ré-emprunter la planche pour descendre. Il fait très sombre et je saute sur la berge boueuse et glissante avec prudence.
Nous sommes accueillis par Warren, le responsable d'Ikamaperu à Laguna, qui annonce à Gaël et Elisabeth qu'ils vont dormir à l'hôtel, tandis que je dormirai à la Media Luna.
Je monte donc avec lui dans un mobyletta qui, sans lumière, nous emporte dans un couloir de verdure obscure et désert. La seule chose qui l'empêche de nous renverser dans le fossé est la petite lampe de poche que Warren brandit devant lui, en lui demandant régulièrement de bien vouloir accéléré. Anxieuse, je me roule en boule autour de mon sac et essaye de ne pas trop réfléchir.
Après 20 minutes de trajet, nous arrivons devant un petit portique de bois. Le conducteur du mobiletta me prend gentiment ma valise, et nous nous engageons dans un chemin obscur et boueux, entre de hauts arbres qui cachent le ciel. Une lumière finit pourtant par apparaître. Une espèce de cabane, semblable à celles où j'ai passé la nuit jusqu'à maintenant est éclairée à la bougie. A l'intérieur, quatre personnes me saluent, et je reste aussi peu de temps que la politesse me le permets : je ne tiens plus debout. Le conducteur du mobiletta monte la valise dans la pièce qui se trouve au-dessus de la cuisine, et Warren et lui m'aident à faire le lit, dans lequel je m'effondre, et m'endors instantanément.

5 juillet

Encore un départ de prévu ce matin... J'avoue que je fatigue un peu d'être sans cesse en mouvement ! Le taxi n'arrive qu'à 9h30 mais, réveillée depuis 6h, j'ai largement le temps de me préparer, de ranger, et de mettre le blog à jour.
J'essaie d'ajouter des photos aux textes déjà présents, mais le temps de chargement est si long que je doute de pouvoir renouveler l'opération à Laguna, le réseau y étant sans doute encore pire !
Blanca me donne les instructions pour que je puisse m'occuper correctement du Lagotriche, ainsi que les papiers attestant de la légalité du transport de cette espèce protégée.
A 9h30, un mobyletta (c'est ainsi que s'appelle les pousse-pousse-mobylettes) attend devant la porte, et nous emmène à la station de taxi de Moyobamba. Là, j'attends que le taxi de Tarapoto se remplisse et, une demi-heure plus tard, je suis repartie pour deux heures de route.
Habituée à la conduite péruvienne, je ne sourcille même plus quand nous dépassons à plus de 100 km/h des panneaux de limitation à 40.
Arrivée à Tarapoto, je change de taxi et celui-ci part directement à l'aéroport, afin d'aller y chercher deux nouveaux écovolontaires, qui arrivent de Lima à 12h. A l'aéroport, nous apprenons sans surprise que l'avion a une heure de retard. Je descends la cage du Lagotriche du taxi pour éviter qu'il ne grille au soleil, et deviens ainsi le centre d'attention des quelques personnes qui attendent devant l'aéroport. Un homme m'explique même qu'il en a un pareil chez lui, j'hésite demander son nom et son adresse à cet heureux propriétaire d'une espèce strictement protégée.
L'avion finit par arriver, et je rencontre alors Élisabeth, petite blonde alsacienne dynamique, et Gaël, son petit ami breton, un grand brun aux cheveux longs et à la carrure imposante. Tous deux sont étudiants-vétérinaires à Alfort, et je retrouve, non sans plaisir, la joie de communiquer sans barrière linguistique. Tous les deux ayant néanmoins pris Allemand comme seconde langue, je me retrouve traductrice officielle alors que j'ai toujours eu du mal à attraper la moyenne en espagnol.
Je dois néanmoins admettre que mes cinq premiers jours en solo m'ont donné confiance en moi quand à mes capacités à comprendre et à me faire comprendre dan cette langue.
De l'aéroport de Tarapoto, nous repartons donc pour Yurimagua, à trois bonnes heures de route. Notres trajet est encore allongé par les travaux de déblaiement qui bloquent le passage. Apparemment, les pluies de la veille ont provoqué d'importantes coulées de boue.
Ceci mi à part, et pour la première fois depuis que je suis là, il fait vraiment beau, et j'en profite pour multiplier les photos.
Le long de la route, les gens étalent de large bâches, sur lesquelles il ratissent des graines, sans doute pour les faire sécher au soleil. Régulièrement, mais sans que jamais j'ai le temps de prendre une photo, nous croisons les panneaux : "Peru es un pais libro de analphabetismo". En effet, Blanca m'a expliqué qu'une vaste campagne d'alphabetisation de la population, et notamment des adultes, avait été entreprise dans tout le pays. Sur la route, nous croisons fréquemment des enfants portant des cartables, et des écoles peintes de couleurs vives. Apparemment, le concept est très bien installé pour les enfants.
Nous finissons par arriver à Yurimagua vers 16h, affamés de n'avoir pas eu le temps de déjeuner. A l'hôtel, j'installe le singe dans ma chambre, et lui donne à boire à l'aide d'une seringue dépourvue d'aiguille. Vu son enthousiasme, il était plus que temps. Je lui donne à manger à travers les barreaux, puis le voyant apaisé, repose la couverture par dessus pour qu'il dorme.
Je suis vraiment impressionnée par le calme dont il fait preuve après plus de 24h passées dans cette boîte.
Elisabeth et Gaël me rejoignent, mais ce dernier ne peut approcher de la caisse, car le singe pousse des hurlements terrifiés.
Au moment où nos allons sortir dîner, la réceptionniste vient nous voir et m'explique qu'elle n'a pas le compte. Après plus de vingt minutes d'explications confuses, je finis par comprendre qu'elle nous a rendu 50 soles quand elle aurait dû nous en rendre 20. Ce problème réglé, elle m'assure que les restaurants seront ouvert bien qu'il soit 17h passé.
Nous prenons un mobiletta, et découvrons ainsi que le premier restaurant conseillé par Blanca est fermé. N'ayant pas mangé depuis le petit-déjeuner, nous ne nous laissons pas décourager et, sur confirmation du taxi que le prochain sera ouvert, nous nous rendons à l'hôtel Noranjo.
Après avoir payé le taxi, qui commençait à me faire des avances assez lourdes, nous entrons dans l'hôtel. Là on nous annonce que, bien entendu, le restaurant ne sert pas avant 19h.
Desoeuvrés, nous en profitons pour aller acheter des hamacs au marché voisin. A 25 soles pièce, nous supposons que le vendeur nous prend pour des pigeons, et nous partons comparer les tarifs. Mais très vite, la scène se répète. Nous finissons par nous arrêter devant un magasin où les couleurs sont un peu plus jolies, et Elisabeth commence à négocier férocement. Mais la vendeuse ne lâche rien, et ce n'est qu'alors que nous allions renoncer qu'elle descend à 55 soles pour les deux (un deux places pour eux, un solo pour moi).
Cela fait, nous commençons à marcher au hasard dans la ville. L'heure qui suit nous permet ainsi de découvrir les vues sur le fleuve, la petite église, et la place de la ville, étonnamment familière avec ses bancs et sa fontaine.
Encore une heure à tuer. Nous allons acheter de l'eau minérale, et nous ravisant au moment de partir, nous prenons aussi de l'Inca Cola et du Guaracha, des boissons à l'allure particulièrement chimiques mais sûrement introuvable ailleurs.
Nous passons la demi-heure suivante à siroter et bavarder sur un banc. Puis nous marchons tranquillement jusqu'au restaurant, où nous goûtons au poisson local, qui est délicieux malgré la couleur du fleuve dont il vient.
Ici, les bananes vertes sont utilisées comme des pommes de terre, et elles ont un goût très semblable : on en fait même des chips !
Je découvre également la bière locale, au goût peu prononcé et à l'arrière goût absent : j'ai l'impression de boire une eau gazeuse aromatisée. Bien qu'aucun degré d'alcool ne soit indiqué, elle doit être plus forte qu'elle n'en a l'air car j'ai très vite ressenti son effet.
Fatigués mais repus, nous sommes rentrés à pied à l'hôtel Lucy. Je pensais que le singe allait m'empêcher de dormir, mais il fut très calme, et mes réveils fréquents ne furent dû qu'à mon angoisse de louper le bateau, angoisse totalement injustifiée comme vous le lirez bientôt.
Par contre, j'ai pu constater que j'avais très probablement oublié mon imperméable dans la taxi de Tarapoto ! En même temps, depuis le temps que je pose mes affaires, que je les reprends, que je me déplace sans cesse, il était curieux que je n'ai encore rien perdu. Maintenant que c'est fait, espérons que j'ai rempli mon quota... et qu'ils vendent des K-way à la Media Luna !

mardi 5 juillet 2011

4 juillet

Merci beaucoup pour tous vos commentaires, qui m'ont fait très plaisir et m'incitent à continuer... mais il semblerait que suite à un problème technique, il ne soit plus possible d'obtenir internet à la Media Luna ! Apparemment, il y a un cybercafé à seulement 20 minutes de marche du centre mais je pense qu'il va m'être difficile de tenir à jour le blog de façon quotidienne. J'essaierai d'y aller au moins tous les trois jours mais tout le monde a l'air très sceptique sur la qualité du réseau... En dernier recours, je vous tiendrais au courant tous les deux jours (sinon les appels vont finir par coûter plus chers que le voyage) par SMS par Louise.
Je vous embrasse tous très fort et j'ai hâte de vous revoir !

Ce matin, réveil un peu difficile : j'ai rêvé toute la nuit que des fourmis se multipliaient dans ma chambre pour venir me manger. Comme quoi, les fourmis, c'est comme le chocolat, il ne faut pas en abuser... Mais je me promets tout de même que je profiterai de la dernière semaine de mon séjour à Moyobamba pour aller au restaurant de fourmis, ce sera ma revanche !
Dès le matin, et sans prendre le temps de petit-déjeuner, Daniel et moi partons dans la forêt pour voir les animaux qui sortent le matin. Le chemin est difficile : pas toujours très visible, il est boueux, irrégulier, envahi de plantes piquantes ou urticantes, et parfois même complètement barrés par des espèces de racines géantes qui montent à hauteur de hanche.
Nous entendons de nombreux oiseaux, qui semblent parfois très près, mais l'épaisseur des taillis rend impossible toute vision à distance. Soudain, Daniel se fige. Pour moi, le cri que nous venons d'entendre ne semble guère différent de ceux des oiseaux, mais mon accompagnateur me fait signe de faire silence en murmurant : "Titis..."
Le Titi des Andes est un singes endémique de la région, qui est en voie critique de disparition. Il est très difficile d'en apercevoir à l'état sauvage, et bien des écovolontaires n'ont pas eu la chance d'en voir, même sur un séjour d'une semaine. Soudain je les aperçois : ils sont quatre, au sommet d'un arbre un peu plus loin. L'un d'entre porte un petit contre son ventre. Nous avançons en multipliant les précautions mais, très vite, des cris aigus nous informent que nous sommes repérés. La femelle s'enfuit tandis que le mâle pousse des grands cris et prend des postures menaçantes à notre encontre. Les deux autres semblent s'être évanouis dans la nature.
Un peu plus loin, deuxième rencontre inattendue : deux tamarins imposants, d'une couleur orange dorée, accompagnés de trois petits noirs à la face couronnée de poils blancs. Je pense que ce sont deux espèces différentes mais mon espagnol bancal ne me permet pas d'en être certaine. De loin, on dirait vraiment des écureuils : ils jouent dans les branches en se laissant tomber sur des hauteurs impressionnantes, se rattrapant toujours au dernier moment. Là encore, nous sommes vite repérés, et ils disparaissent en un instant dans l'épaisseur de la forêt.
Pour rentrer, nous ne faisons pas demi-tour mais décrivons une large boucle dans une partie de la forêt que je n'ai pas encore vue. Celle-ci, encore plus impraticable que la première, semble néanmoins plus hospitalière : nous y croisons des cacaoyers, des citronniers, des mandariniers croulant de fruit, et des palmiers gigantesques dont le sommet est couvert de grappes de gros fruits qui doivent s'apparenter à des dattes.
Au retour, il est dix heures, et, levée depuis trois bonnes heures, j'ai vraiment très faim. De plus, il semblerait que nous ayons oublié d'emporter du pain ! Aucun problème, Daniel m'apprend à cuisiner des pancakes péruviens : 3 bananes écrasées, un œuf , un peu de farine et faire frire la patte ainsi obtenue dans l'huile. A mon avis, cette recette peut être avantageusement adaptée en remplaçant l'huile par du beurre, essayez d'ici que je revienne, vous me direz !
Après avoir bien mangé, et accueilli deux travailleurs qui viennent donner un coup de main à Daniel, nous allons nourrir les oiseaux. Leur volière est construite sur le même modèle que celle des singes, et elle abrite trois amazones et un ara militaire. Le reste de la matinée est passée à désinfecter les cages à l'aide d'un produit spécial, et à nourrir tout ce petit monde.
Au déjeuner, Daniel m'apprend qu'il a eu Hélène et Carlos au téléphone, et que ceux-ci souhaitent que je me charge du transport d'un lagotriche vers la Media Luna. Grosse responsabilité, je ne peux pas dire que je sois totalement rassurée mais bon...
Début d'après-midi, Daniel et ses deux collègues vont attraper le singe qui doit être transférer. Celui-ci a reçu un sédatif dans son dernier repas, et il est donc parfaitement sur-excité. J'ai l'impression de voir le chat quand on essaye de le mettre dans sa caisse. Les trois hommes ont une échelle et un filet, mais rien à faire, le lagotriche, se sauve, esquive habilement, se dérobe, le tout en poussant des cris aux consonances étrangement humaine. Quand finalement ils arrivent à le mettre dans le filet, l'animal fait entendre un long gémissement : on dirait vraiment un bébé qui pleure, je me sens un peu mal pour lui. Mais bon, son transfert à la Media Luna marque le début de son processus de réintroduction, donc c'est plutôt une bonne chose pour lui.
Pendant que les trois hommes se débattent pour le faire passer du filet dans la caisse de transport, je vais ranger mes affaires et vérifie que je n'ai rien oublié, avant d'aller attendre le bateau qui ne devrait pas tarder. Malheureusement, il semble réglé sur les horaires à la péruvienne et, finalement, il est quatre heure et demi quand se fait entendre le bruit du moteur. Daniel m'aide à embarquer et c'est parti pour la traversée vers Moyobamba en solitaire ! A bord du bateau, les gens sont très gentil, et l'un d'eux m'aide même à décharger la cage du singe à l'accostage.
Le taxi, que Blanca a appelé pour moi, arrive et j'ai de nouveau l'impression d'être dans un gros shaker. Sauf qu'en plus, cette fois, c'est en montée, et que le moteur de la mobylette a bien du mal à tenir. Une ou deux fois, nous repartons même en arrière tant la pente est raide. Fataliste, je me dis que ça me fera toujours un accident de la route original, mais finalement nous arrivons sans encombre chez Blanca.
Je me précipite aussitôt sur l'ordinateur, sachant que c'est sûrement la dernière fois que j'ai un vrai accès au net. Personne de connecté, j'en profite pour mettre le blog à jour, et envoyer un texto à Victor, qui se connecte 5 minutes plus tard. Visiblement, je le tire du lit. Le pauvre est complètement endormi, et j'apprends qu'en plus, il travaille le lendemain à 9h : ce sera sa première expérience d'animation aux petits débrouillards.
Après dix minutes de discussion, je le laisse donc se recoucher, et vais négocier avec Blanca pour que nous allions en ville acheter une clef 3G, qui me permettrai d'avoir accès à internet plus facilement. Elle m'explique que Carlos en avait une, et qu'il n'a jamais réussi à se connecter longtemps, et ans que cela prenne une demi heure d'explication au téléphone avec le service technique. Je vais donc devoir me contenter de l'accès du cybercafé, j'espère que ma clef USB ne va pas me lâcher...
La soirée s'achève tranquillement devant une émission dans laquelle les participants doivent gagner le droit de monter dans un bus par des épreuves. La première équipe à remplir son bus gagne un voyage en Colombie. Manifestement, ce genre de jeu est universel mais, tout de même, celui-là a des épreuves particulièrement méchantes. Une jeune fille (14 ans, je dirais) se fait même raser le crâne dans une épreuve pour avoir le droit de monter !
A 21h, épuisée et toujours un peu décalée, je vais me coucher dans la "cabane au fond du jardin", bercée par la musique à fond du bordel qui se trouve en bas de la colline, et qui couvre les bruits un peu angoissant des animaux nocturnes.