Aujourd'hui, c'est lundi ! Je dois donc passer à l'école 14 pour discuter avec le directeur de la possibilité d'enseigner dans ses classes. Sur les conseils de Maxime, je partirai vers 9h30. En effet, de 10h à 10h30, les écoles font une pause pour que les enfants puissent petit-déjeuner du riz et des bananes vertes apparemment fournis par l'école.
Je suis dans la cuisine à 8h, et Adeline m'explique qu'il est probable que Blanca arrivera ce midi, par le bateau rapide, car elle transfert plus de 300 bébés tortues vers la réserve. Avec un peu de chance, peut-être que ça incitera Warren a relancer le groupe électrogène... En fait, nous pourrions tout à fait avoir de l'électricité ici, mais le générateur n'est allumé que quand Hélène est là. A ce propos, je ne vous ai pas dit : elle a des soucis familiaux, et elle ne revient pas au Pérou avant septembre.
Je ne sais pas si c'est parce que c'est lundi mais les autres ont préparé un petit-déjeuner royal : pain grillé et bananes cuites + restes des pancakes d'hier soir à la confiture de fraise + jus de fruits de la passion.
Il n'y a pas vraiment de jus de fruits ici, alors pour en avoir, on prends des maracudjas, les fruits de la passion locaux, qui sont tous jaunes à l'extérieur et presque verts à l'intérieur, on en vide trois ou quatre dans une carafe, puis on ajoute 3 bonnes cuillères à soupe de sucre, et de l'eau passée aux pastilles. Ce serait sans doute meilleur mixé, mais ainsi c'est déjà très bon !
A côté de moi, Anaïs pèle les graines qu'elle a ramassé hier dans la forêt, afin de pouvoir ensuite les utiliser pour faire des bijoux. Adeline 1 est perdue dans une montagne de papiers : elle traite les données qu'elle a été récupérer auprès des motocieristas, les coupeurs de bois du coin. A terme, elle doit faire un dossier sur leur gestion des ressources naturelles en bois... mais elle est un peu découragées car certains sont complètement ivres quand elle va leur parler, l'un d'entre eux lui ayant même soutenu qu'il transportait sur son dos des arbres de 3 mètres de long et de (non de n'est pas une faute de frappe) 70 mètres de diamètre !
Alors que je me fais prudemment du thé, Gaël et Elisabeth arrivent. Ils ont profité de la journée d'hier où, comme je le pensais, on ne leur a fourni ni poule, ni salle, pour réaliser un diaporama sur l'état de l'élevage de poules et de cochons dans le village. Ils ont besoin de l'aide d'Anaïs pour le traduire en espagnol, et ils le projetteront sans doute mardi soir afin d'expliquer aux gens quels sont les principaux problèmes que pose leur agriculture.
Vers 9h, je monte dans ma chambre où je me brosse les dents à l'eau minérale, et me coiffe sans miroir. J'en profite pour examiner mes jambes et mes bras : malgré l'assiduité avec laquelle je m'enduis intégralement d'anti-moustique, je continue de me faire piquer chaque jour. Je suis couverte de boutons et mes démangeaisons sont à peine supportables : je m'enduis donc d'une bonne couche d'eurax, et essaye de penser à autre chose.
9h30, je pars pour le village, ou pueblo. En réalité, il y a plus de 8 000 habitants à Laguna : mais tout le monde parle toujours du village. Comme dit Mathieu, c'est sûrement parce qu'il ne doit pas y avoir plus de 3 000 adultes...
Le chemin est redevenu relativement sec, mais le temps s'est considérablement alourdi : il fait humide et très chaud, trop chaud, et le tissu de mon T-shirt me colle à la peau, me faisant regretter de ne pouvoir me balader torse nu comme le font la plupart des hommes du village.
Mes mollets ont fouettés par les herbes du chemin, ce qui relancent mes démangeaisons : j'essaie de me concentrer sur autre chose, en serrant les dents.
Je finis par arriver aux premières maisons quand le soleil apparaît enfin de derrière les nuages. Un cochon traverse devant moi en trottinant, des chiens errants s'étirent dans les flaques de soleil, d'une maison proche, j'entends un enfant chanter l'alphabet, partout, des vêtements sèchent sur les cordes à linge. Bon, je meurs de chaud mais tout de même, c'est vraiment joli ici.
Après trois bons quart d'heure de marche rapide, je finis par atteindre l'école 14 et son portrait du Christ aux yeux révulsés, je ne comprends même pas qu'il ne fasse pas peur aux enfants... Il est 10h15, et ils sont en plein milieu de la pause petit-déjeuner.
Je trouve le directeur sans difficulté, et lui explique mon projet en espagnol. Il est tout à fait emballé, d'ailleurs je suis priée de commencer immédiatement ! Je lui explique que je n'ai pas le matériel, que je ne suis pas prête mais il réplique que ce sont des petits, qu'ils sont en vacances dans deux semaines et qu'il faut que je commence maintenant si je veux avoir le temps de voir tout le monde.
Je me retrouve donc devant une vingtaine de première, qui est l'équivalent du CP. Simplifiant à mort je leur explique que les différents types d'endroits où l'on peut trouver des animaux sont : la forêt, le désert, la mer et les fleuves, et la banquise. Problème, je n'ai rien pu imprimer, et ils ne connaissent manifestement ni la banquise, ni le désert, et à peine la mer. Je leur demande à chacun de dessiner un des milieux au choix, et je passe ensuite dans les rangs pour leur expliquer mieux. C'est la confusion la plus totale : il est impossible de les faire tenir en place, ils viennent me montrer leurs dessins toutes les cinq minutes, et la plupart se contentent de recopier les dessins que j'ai fait au tableau pour leur expliquer. Au bout d'une heure, je comprends que j'ai user leur petits potentiels de concentration. Je prends rapidement leurs dessins en photo et, après avoir pris congé de la professeure qui a eu la gentillesse de gérer la discipline pendant que je me chargeais des explications, je repars vers la Media Luna. Je commence à mieux connaître la route, et j'hésite beaucoup moins aux intersections. En arrivant devant l'école 56, je jette un œil à l'intérieur et, constatant que les autres y sont encore, je vais les rejoindre. Nous rentrons ensemble et, pour une fois, Anaïs se joint à nous pour le repas. Une grosse marmite de pattes à l'oignon et à la tomate plus tard, Adeline 2 et moi-même partons prendre les singes en photo pour essayer de construire un trombinoscope cohérent... Ce qui n'est vraiment pas simple puisque nous ne somme même pas sûre de ne pas prendre plusieurs fois les même en photo ! Dans l'infirmerie des singes, Gaël et Elisabeth font l'inventaire, tandis que Blanca et la vétérinaire professionnelle qui vient d'arriver nourissent les animaux de la quarantaine.
Soudain, un énorme coup de tonnerre retenti, et une pluie fine commence à tomber. Le ciel, déjà couvert, tourne au gris ardoise, et des trombes d'eau commencent à s'abattre sur le sol. Adeline et moi nous précipitons vers la cuisine, où nous nous réfugions avec Maxime et Adeline.
Toutes les fenêtres étant de simples ouvertures tendues de moustiquaires, l'eau entre selon les coups de vent, et nous nous rapprochons du milieu de la pièce pour y échapper.
Elisabeth et Gaël, trempés, nous rejoignent rapidement. Comme ils expliquent à Adeline qu'ils ont oubliés leur K-ways à Laguna, celle-ci leur prête imperméable et cape de pluie. Bientôt, ils repartent sous une pluie battante : il y a bien une heure de marche pour rejoindre l'endroit où ils vivent et je les plains sincèrement. Personnellement, j'en aurais bien profité pour aller sur internet et imprimer quelques papiers mais là... Je pense que je ferai ça demain soir. De même, la projection que nous devions faire sur la place du village est reporté à demain du fait du temps.
Je bouquine tranquillement jusqu'à ce que Mathieu nous rejoigne. La pluie a un peu diminué et Adeline et Maxime décident de partir au village. Malheureusement pour ce dernier, alors qu'il remonte sa lampe de poche, le fil lui reste subitement dans la main. S'en suit une grande opération de démontage de la lampe mais, comme ça ne donne rien, il finit par partir sans, en compagnie d'Adeline. Moi j'ai trouvé mon occupation de la soirée : je récupère le tournevis, observe l'endroit qui coince, trouve les vis qui n'ont pas encore été enlevée et commence à la démonter entièrement. Devant Mathieu et Adeline 2 hilares, je commence à examiner les rouages, la position du ressort et du fil. Une bonne heure et demi plus tard, la lampe est réparée, et le repas prêt, malgré une bonbonne de gaz qui est presque vide.
Je mange sans appétit, me retartine une dernière fois d'eurax et monte rapidement me coucher : il est à peine 21h mais la nuit tombe si tôt ici qu'on est vite fatigué du simple fait d'être dans le noir.
Coucou !
RépondreSupprimerEh ben,ces moustiques sont vachement forts ! J'espère que ça va aller et que tu vas pas trop t'ennuyer au fil des jours.
De mon côté, les Nereis commencent à manger mais il y en a qui me font quand même arracher des cheveux. Au fait, hier j'ai trouvé deux reines L. niger ailées sur le rebord de ma fenêtre...ainsi que deux mâles ailés avec ! J'aurais peut-être dû laisser ma fenêtre ouverte : "si tu ne viens pas à la colonie, la colonie viendra à toi !" ^^lol
Bon courage pour les prochains jours !!
Ma chérie, que tu sois capable de réparer une lampe de poche pleine d'engrenages me pétrifie d'admiration! Nos partageons avec passion ton quotidien pas toujours facile et sommes très fiers de tes capacités d'adaptation. Fais tu des progrès en espagnol? Peux tu, quand tu y penseras, nous faire un "organigramme" des divers Warren, Blanca et autres Hélène, dont tu parles , mais dont nous ne saisissons pas très bien qui ils sont et ce qu'ils ont à faire.
RépondreSupprimerTout va bien ici. Je t'enverrai de nos nouvelles sur hotmail. Tendresse
Maman
Stella: je suis admirative de tes pouvoirs d'attraction ^^
RépondreSupprimerMaman: Oui, la vie n'est pas toujours simple mais c'est une dimension de l'exprérience dont je compte bien tirer tout le profil possible.
Je vous embrasse fort,
Pauline
Hello Pauline!
RépondreSupprimerJe suis bien contente de trouver de tes nouvelles et la vie sur place a l'air bien difficile :/
Ici j'ai mes propres singes (chiky monkeys) qui m'en font voir de toutes les couleurs. Ils ont cette nuit fete le 14 Juillet a leur maniere donc nous avons beaucoup de mal a nous reposer correctement. Avec les journees que nous avons j'ai du mal a comprendre ou ils trouvent toute cette energie!!!
L'equipe avec laquelle je travaille est juste formidable et malgre un peu de mal du pays et quelques difficultes en discipline je passe un tres bon sejour. Mon anglais s'ameliore de jour en jour meme si j'ai parfois des maux de crane a force de le pratiquer.
Tu me manques beaucoup mais j'adore lire ton blog et j'imagine bien ce que tu vis avec les largotriches qui volent tes soutien-gorge puisque les garcons ont ete voler mon short dans ma chambre pour l'accrocher sur un fil dans la leur -_-"
Je te fais plein plein de bisous
Lou
Salut Pauline,
RépondreSupprimerJe viens de lire la suite de tes aventures au Pérou et je vois que c'est toujours aussi agréable à lire et je vois que non seulement tu survis mais en plus tu as l'air de bien te débrouiller :) j'espère que ça continuera ainsi et vivement la suite.
PS : j'ai retrouvé ceux qui t'avaient piqué ta tente à Bajus mais j'ai pas eu le temps de te venger :D