lundi 4 juillet 2011

3 juillet

La petite maison de bois dans laquelle j'ai passé la nuit a visiblement été construite dans l'unique but d'éviter la pluie : il est tombé des seaux d'eau toute la nuit et rien n'a fuit. Par contre, les murs ne semblent être là que pour des raisons d'intimité : aucune jointure, on voit entre la porte et le mur, entre la porte et le sol, entre les murs et le toit. Visiblement, tout est conçu pour que l'air puisse bien circuler. Comme les moustiques aussi peuvent bien circuler, j'ai accroché la corde que Papo m'a conseillé d'emporter à la poutre du plafond, et ai suspendu ma petite moustiquaire au dessus du lit, ce qui m'a permis de passer une nuit tranquille, bien qu'un peu fraîche.
Me suis encore réveillée à 4h du matin, mais ai réussi à me rendormir jusque 7h cette fois... Petit réflexe à avoir le matin : je fais bouillir de l'eau du robinet et la couvre pour que rien ne tombe dedans (la cuisine est pleine de drosophiles). Une fois froide, je pourrais m'en servir pour me brosser les dents sans risque.
En attendant, petit déjeuner : thé, petits pains au lait manifestement sans lait et... confiture de fraise ! Je pense que Louise n'aimerait pas les petits déjeuners péruviens...
Sans compter qu'il me faut assaisonner le mien de tout un tas de pilules, notamment contre la malaria et la tourista.
A 9h (à la péruvienne, plutôt 9h45), le taxi arrive et nous descendons jusqu'à l'embarcadère. Pour rappel, à Moyobamba, un taxi c'est une mobylette croisée avec un pousse-pousse sans porte. Imaginez maintenant ce que cela peut donner sur une route boueuse, glissante, pleine de creux et de bosses et très fortement en pente. Moyennement rassurant...
A l'embarcadère, il n'y a presque personne. Plus loin sur le fleuve, le bateau entame sa manœuvre d'approche. C'est une espèce de très grande barque, à fond plat et basse sur l'eau, et qui semble assez instable. Le conducteur est à l'arrière et la dirige avec un tout petit rotor au bout d'un long axe, qu'il rentre plus ou moins dans l'eau pour ajuster sa vitesse.
Une fois installée sur les bancs de bois je peux constater que, si le bateau prend un peu l'eau, il ne tangue pas autant qu'il en a l'air de l'extérieur. Rassurée, je peux apprécier la traversée : le fleuve, assez large et calme, est un couloir de verdure. De chaque côté, un mur de plantes très hautes et denses dissimule la rive. Mais quand on regarde dans le sens du fleuve, la vue plus dégagée permet d'apercevoir de petites montagnes douces, qui me rappelle un peu les paysage d'Auvergne. Sur leur pentes, des pans entier de forêt épaisse sont découpés de prairies dans lesquels paissent des vaches et des chevaux. Je comprends mieux pourquoi la fragmentation de l'habitat est le principal problème écologique de la région. Après une vingtaine de minutes de paysage magnifique, et de martins-pêcheurs imphotographiables qui filent au ras de l'eau, Daniel et moi accostons à Tarangue.
Il s'agit d'un pan de forêt qui a été racheté par Ikamaperu afin d'être transformé en réserve pour les Titis des Andes et les Tamarins. Après que j'ai déposé mes affaires dans ma chambre, Daniel m'emmène visiter le site. J'y découvre les grandes cages des atèles et des lagotriches qui ont été récupérés du trafic d'animaux de Lima, le plus important du pays. Daniel m'autorise à entrer avec eux, et je comprends pourquoi les gens et les cirques les recherchent. Ces animaux sont d'une gentillesse et d'une familiarité extrême. Je joue un moment avec un jeune mâle lagotriche qui, d'après Daniel, préfère toujours les écovolontaires féminines aux garçons... et qui a bien du mal à me laisser repartir. Fait intéressant: la queue de ces singes, préhensile, est entièrement dépourvue de poils sur une de ces surfaces, afin de faciliter la prise d'objet. C'est une sensation très étrange quand il vous attrape la main avec, comme un serpent de peau.
Dans la cage des atèles, c'est une femelles qui me grimpe littéralement dans les bras ! Il me faut l'aide de Daniel pour la détacher. D'après lui, c'est la seule femelle seule du groupe, et elle cherche désespérément un compagnon ! Je suis flattée mais tout de même...
Nous retournons ensuite dans la maison pour y préparer la cuisine des singes, et je découvre les monstrueuses carottes péruvienne : sur une seule, il doit y avoir à manger pour trois personnes ! Après avoir nourri les singes, on s'occupe des humains, et Daniel décide de m'apprendre deux trois astuces de cuisine... dont j'espère pouvoir vous faire profiter à mon retour !
Après déjeuner, me voyant fascinée par les longues files de fourmis qui transportent des morceaux de feuilles, Daniel m'emmène voir les grandes fourmilières dans la forêt et, après m'avoir expliqué que les indiens locaux récoltent les reines de cette espèce pour les manger, il me fait une démonstration de récolte. Pas de chance, la fourmilière à laquelle nous nous sommes attaqués et partagée avec des nids d'abeilles, qui ne piquent pas, mais qui nous bourdonnent furieusement aux oreilles. De plus, dès les premiers coups de pelles, tous les soldats se ruent hors du sol et nous mordent férocement pieds et mollets. Heureusement pour moi, ils ne se sont attaquées qu'à mes vêtements, mais Daniel s'est fait mordre au sang à plusieurs endroits. Alors qu'il m'annonce qu'il a trouvé un tunnel qui ressemble fort à ceux au bout desquels on trouve les reines, une espèce de chuintement se fait entendre. Daniel s'immobilise, me fait signe de ne pas faire de bruit, et nous écoutons : le chuintement se répète, plus fort, comme le bruit du vent lors d'une tempête. Réaction de mon encadrant : "Todo esta bien, es justo un boa constrictor". Est-il besoin de traduction ? Devant mon air alarmé, il m'explique que tout va bien , et que c'est un serpent qui n'a pas de venin. Je rétorque qu'il peut être dangereux tout de même et nous finissons par rentrer. Parfois, il faut savoir s'arrêter : il me semble que cette fourmilière était un peu trop bien gardée.
Pour la petite histoire, apparemment il est fréquent que des boas se glissent dans ce type de fourmilière. Ils peuvent y dormir tranquille et, en cas de problème, les fourmis peuvent compter sur leur intervention.
Nous sommes donc rentrés, pleins de boues, de graines adhésives et de fourmis encore férocement accrochées à nos vêtements. Daniel est allé se baigner dans le fleuve, car il n'y a pas de douches à Tarangue, mais je dois reconnaître que, en ayant pris une le matin même, une pneumonie m'inquiétait plus que la saleté (mais d'après Daniel qui a l'habitude, aujourd'hui l'eau était vraiment très froide)
La journée s'est finie tranquillement, sur un nouveau cours de cuisine, et un peu de lecture à la chandelle (oui il n'y a pas d'électricité non plus).
Voilà, c'était la fabuleuse histoire de ma troisième journée au Pérou, je m'amuse bien mais vous me manquez quand même... Je pense fort à vous !

2 commentaires:

  1. pas de douche, des boas. Ca a l'air trop cool *-*

    Profite bien, tu nous manque aussi. Enfin, quoi que nous ca va, on a l'électricité et l'eau chaude quoi :P

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  2. Ma chérie,
    JM et moi sommes ravis de te lire et attendons impatiemment la suite. Parle nous des personnes avec qui tu es et des lieux où tu te rends. Tendresse. Maman

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